Revue de presse

Le 18 août 1989, le cancer de la mafia colombienne faisait des métastases

Chaque jour de l’été, «Le Temps» s’est plongé dans ses archives pour évoquer un événement historique marquant. Ultime épisode aujourd’hui: l’assassinat de Luis Carlos Galan, qui était le favori de l’élection présidentielle de 1990

Le sénateur Luis Carlos Galan, favori de l’élection présidentielle de 1990, est assassiné par la mafia colombienne le 18 août de l’année précédente. En riposte, le gouvernement ordonne la saisie de nombreuses propriétés appartenant aux caïds du cartel de Medellin et la fermeture des frontières pour empêcher la fuite des narcotrafiquants. La mafia fera alors dynamiter le siège des partis libéral et conservateur et multipliera les menaces de mort. Une nouvelle guerre entre le gouvernement et la mafia débute.

Certes, «Luis Carlos Galan n’était pas Rambo», écrit Antoine Maurice dans le Journal de Genève et la Gazette de Lausanne du 22 août. «Dans ce pays, la Colombie, où un assassinat se produit toutes les deux heures, il avouait sa peur d’accomplir un métier à haut risque: la politique.» La mafia avait «mis sa tête à prix» et «c’est ce qui faisait sa popularité et ses chances réelles» d’être élu. «Sa carrière a été fauchée par une rafale de pistolet mitrailleur […] au cours d’un meeting électoral.»

Mais les craintes de l’éditorialiste sont plus profondes, sur cette «violence, maladie endémique des sociétés latino-américaines» qui «a trouvé sa terre d’élection en Colombie», où la criminalité «engendre l’effondrement de l’Etat et de sa justice». «Le trafic de la cocaïne a ses sièges dans les villes de Medellin et de Cali. Il draine l’essentiel de la production de la noix de coca dans le sous-continent, il en assure le raffinage et le conditionnement dans des usines à peine clandestines.»

Des milliards de dollars

Et puis, «il n’y a pas de raison que le narcotrafic en reste là». D’ailleurs, «80% de la cocaïne vendue aux Etats-Unis» à cette époque «sont traités par les cartels colombiens qui recyclent ensuite les milliards de dollars de leur commerce par l’intermédiaire de nombreuses filières bancaires». Bref, «les métastases du narco-trafic sont telles qu’on ne les a pas encore mesurées».

Enfin, pour l’éditorialiste, «les cartels ne devraient pas tarder à se donner une ambition internationale. L’anticommunisme fut le fonds de commerce de ces truands en quête de légitimité bourgeoise, demain ce pourrait être le retour aux dictatures militaires ou la promotion des intégrismes chrétiens.»

Finalement, ce sera le libéral César Gaviria Trujillo qui exercera les fonctions de président de la République de 1990 à 1994. Durant son mandat, il combattra les trafiquants de drogue colombiens et c’est sous sa législature que le baron du cartel de Medellin, Pablo Escobar, sera éliminé, en décembre 1993. La vigueur et la sincérité de cette lutte sont cependant contestés.


 

 

Episode précédent:


 

Nos revues de presse

Après 34 épisodes publiés entre le 3 juillet 2017 et aujourd’hui, cette opération historique estivale s’arrête ici. Dès lundi 21 août, retrouvez chaque matin vers 9h la revue de presse d’actualité sur Letemps.ch

Publicité