L’armistice du 11 novembre 1918 fut une libération. Ce jour-là, lorsque résonna le clairon de la paix sur tous les champs de bataille d’Europe, des millions de soldats au fond de leurs tranchées purent enfin repenser à l’avenir. Ils ne risquaient plus, à chaque heure du jour ou de la nuit, de mourir d’une rafale de mitraille, d’un coup de baïonnette, ou d’un obus tombé du ciel. Après quatre années d’une guerre folle et d’un immense carnage au quotidien, l’espoir revint. Avec un rêve: celui d’avoir connu la «der des ders», l’ultime déchaînement des passions nationalistes et de la violence guerrière à l’échelle industrielle.

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C’est ce message-là, celui de la vie retrouvée et de la foi dans l’avenir, qu’Emmanuel Macron doit exprimer ce samedi au côté d’Angela Merkel sur le site de Rethondes où fut signé l’Armistice, puis dimanche à Paris, devant la tombe du Soldat inconnu, face à la centaine de chefs d’Etat ou de gouvernement présents sous l’Arc de triomphe, dont le président de la Confédération, Alain Berset.

Commémorer le sacrifice des poilus doit n’être qu’une partie du message. Il lui faut aussi incarner un pacifisme réinventé. Ce que va tenter de faire, les 12 et 13 décembre, le Forum de Paris sur la paix, destiné à offrir une tribune et un écho mondial aux organisations et aux activistes qui se battent sur le terrain et sur tous les continents pour éviter les guerres.

Trouver les mots justes

Commémorer l’armistice de 1918 impose aussi de regarder la France en face. Dans tous les villages français ou presque, un monument aux morts couvert des noms des disparus broyés par la folie de la Grande Guerre rappelle combien celle-ci transforma le pays. En 1914, la France était encore profondément agricole, succession de terroirs repliés sur eux-mêmes, unie dans une République tout juste émancipée du pouvoir de l’Eglise catholique. La «boucherie» des années qui suivirent accoucha d’une autre nation, à la fois ouverte sur le monde par son empire, conquérante sur le plan économique, volontariste sur le plan social et minée par ses peurs. Une France qui, un siècle après, demeure écartelée entre ces mêmes contradictions.


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La force d’une célébration est qu’elle peut réunir. Tous les chefs d’Etat présents à Paris ce week-end seront là pour honorer la mémoire des défunts. Face à Donald Trump ou à Vladimir Poutine, Emmanuel Macron doit donc utiliser l’extrême solennité de ce moment pour délivrer un message à la fois positif et audible par les jeunes générations. Il lui faudra, dimanche à Paris, trouver les mots justes d’un espoir européen possible à partager.