I dä Beiz

1er Mai, la fête du grand n’importe quoi

Ce qui se diten Suisse alémanique, par notre correspondante à Zurich

Est-ce dû à mon âge? Je n’ai jamais imaginé que les manifestations du 1er Mai puissent avoir le moindre impact sur nos conditions de travail. Cette vieille tradition ouvrière est reléguée au rang de folklore, à l’instar du défilé bourgeois du Sechseläuten.

Le thème du défilé cette année à Zurich, «¡No pasarán!» – un slogan antifasciste espagnol –, ne rapproche pas davantage le 1er Mai du monde des bureaux. Le coprésident du Parti kurde de l’union démocratique, Salih Muslim, est invité à raconter son combat en Syrie au terme de cette parade matinale.

En Allemagne, le thème du 1er Mai semble tout aussi loin du monde du travail. Alors que le parti d’extrême droite NPD a prévu de manifester contre les «abus de l’asile», les syndicats et la gauche veulent défiler pour la «solidarité» et le respect des réfugiés. Le 1er Mai est devenu un grand bric-à-brac d’intentions louables (pour la plupart). Soit. Transformons la Fête du travail en Fête de la politique; sans limitation.

A Zurich, les partis bourgeois se sont vu refuser l’autorisation de manifester le 1er mai. Les Jeunes PLR, les Jeunes UDC et le nouveau parti libéral Up! voulaient organiser une contre-manifestation l’après-midi pour militer pour un «droit du travail flexible». Un petit stand, quelques banderoles et des flyers, 50 personnes tout au plus, pour réfléchir au marché de l’emploi.

Niet. «La police est déjà mobilisée pour empêcher des manifestations non autorisées. Cela nécessite d’importants moyens, il n’est pas possible d’assurer en même temps la sécurité des participants de [votre] rassemblement», ont justifié les autorités communales. Elles ont beau assurer que ce refus ne repose sur aucune arrière-pensée politique, les jeunes bourgeois crient au scandale et épinglent le chef de la police, élu de l’Alternative Liste, le parti le plus à gauche de l’échiquier politique. «Le conseiller communal Richard Wolff a deux poids, deux mesures», siffle le président des Jeunes PLR zurichois. Le libertaire Up! fustige la décision, et le besoin d’autorisation: «Les manifestations servent aujourd’hui à la mise en scène des partis établis plutôt que d’offrir une occasion de se rebeller contre le système.»

La décision de la police est une «pub gratuite» pour les jeunes bourgeois, ironise le média en ligne Watson . La police zurichoise a dû adopter une politique restrictive et interdire toute manifestation, hors du cortège officiel matinal, depuis plusieurs années déjà. N’empêche. J’aurais bien aimé débattre de l’emploi et des conditions de travail en ce 1er Mai.

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