Bien sûr, les élections irakiennes n'annoncent pas la fin des problèmes, et elles ne justifient pas a posteriori une guerre qui a révélé toutes ses vilenies. La démocratie qui s'installe à Bagdad mérite péniblement son nom, mais un large consensus international est là pour en prendre acte, faute d'autre option.

L'Irak n'est pas le seul point du globe où beaucoup voient les espoirs d'un nouveau départ. Au Forum économique de Davos, qui s'est terminé dimanche, l'humeur politique était rassérénée. Une conjonction de facteurs explique ce changement d'atmosphère. La mort de Yasser Arafat, l'élection de Mahmoud Abbas et ses gestes de bonne volonté, l'annonce du démantèlement des colonies israéliennes à Gaza ont rendu des couleurs à la perspective d'un règlement du conflit le plus empoisonné de la planète.

La nouvelle administration Bush est trop jeune pour être jugée sur pièces, mais le discours d'intronisation du président réélu était assez ambigu pour autoriser une interprétation positive de ses intentions internationales. C'est d'ailleurs à Bruxelles qu'il réservera sa première visite hors du continent américain, un voyage généralement interprété comme un signe de réchauffement du lien transatlantique.

De toute manière, l'Europe se sent plus forte. L'élargissement l'a rendue certes plus complexe, mais aussi plus tonique. Sa croissance continue de patiner mais l'économie allemande frémit, et la détermination du chancelier Schröder à réformer le pays a fortement impressionné la communauté des patrons venus l'écouter à Davos. Pour sa part, la nouvelle Commission européenne, qui doit présenter son programme cette semaine, assure qu'elle a tiré les enseignements du passé, qu'elle s'attachera à quelques priorités fortes plutôt qu'à un catalogue illisible de bonnes intentions. Le plaidoyer de son président, José Manuel Barroso, a également fait impression dans la station grisonne.

L'irruption de la Chine et de l'Inde parmi les poids lourds de l'économie mondiale joue, enfin, un rôle moteur. Sur deux plans. Devant cette concurrence soudain si menaçante, l'Europe prend conscience de l'urgence qui lui est faite d'investir dans le futur: technologies, innovation, savoirs.

L'enrichissement rapide de ces immenses nations hier encore miséreuses donne aussi le courage aux derniers déshérités absolus de la planète de réagir, et l'envie aux riches, frappés par l'horreur du tsunami, de les y aider. L'Afrique est ainsi devenue la vedette des conversations internationales, sous l'impulsion d'une opération inédite lancée par Tony Blair, relayée par Bill Clinton et les stars qui lui ont toujours fait escorte, dont l'efficacité hollywoodienne a laissé les «global leaders» davosiens pantois. Moyens nouveaux, résultats inédits? L'avenir doit le dire très vite. Si la manœuvre réussit, elle servira sans doute de modèle pour une nouvelle forme de lobbying politico-humanitaire, conçu aux proportions du monde global.

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