éditorial

Un devoir de clarté pour les hautes écoles

Le débat sur les fonds privés dans les universités suisses a quelque chose de décourageant. Par éruptions périodiques, il agite les hautes écoles et les milieux politiques depuis une bonne décennie au moins. Sans la moindre évolution

Le débat sur les fonds privés dans les universités suisses a quelque chose de décourageant. Par éruptions périodiques, il agite les hautes écoles et les milieux politiques depuis une bonne décennie au moins. Sans la moindre évolution. Le paysage national se trouve toujours divisé selon les mêmes lignes de fracture. D’un côté, des entreprises désireuses de jouer la carte de l’image – et de profiter de travaux effectués dans de grands centres de recherche; et les hautes écoles qui les courtisent, tout en assurant que rien ne menace la liberté d’enseignement et de recherche. De l’autre, les opposants de principe, qui crient au bradage de leur institution à chaque nouvelle chaire parrainée. Les représentants estudiantins, d’abord, mais aussi des professeurs qui fulminent en douce.

Jusqu’à nouvel avis, l’argument de fond des sceptiques ne tient pas. Hormis quelques coupes sectorielles, il n’y a pas eu, ces dernières années, de relâchement de l’effort public pour les hautes écoles. Les crédits sont même un peu à la hausse au niveau fédéral. L’augmentation des effectifs conduit certes à une baisse des enveloppes par étudiant, ce qui pose problème dans certaines filières ou écoles. Mais il est faux de parler d’un transfert du public au privé. Au reste, si une entreprise veut offrir des moyens à une institution, pourquoi s’en priver?

Toutefois, les Académies suisses des sciences abordent cette discussion au moment où les donateurs ainsi que les rectorats – ou les présidents d’EPF – prêtent le flanc par une certaine opacité. Si les conditions usuelles du travail et de la parole académiques sont respectées, pourquoi ne pas rendre publics les accords liant sponsors et académies? S’il y a partage de royalties, ou licences exclusives, ou toute autre condition de propriété intellectuelle, pourquoi ne pas les expliquer? S’il y a eu discussion sur le champ d’étude – en particulier dans les sciences sociales –, pourquoi ne pas publier l’accord convenu?

Poussées à chercher des ressources nouvelles, et à soigner leurs liens avec le secteur privé, les directions des hautes écoles doivent se montrer cohérentes. Ne pas ouvrir d’éphémères chantiers intellectuels pour le caprice d’un industriel, ou saboter leurs axes stratégiques en courant après quelques scintillantes liasses de billets surmontées d’un logo connu. Surtout, élaborer un code de déontologie destiné à être rendu public. Pour que le paysage académique avance enfin, un peu, dans cette question des fonds privés.

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