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Mémorial arménien de Genève: l’attitude responsable de Didier Burkhalter

Président de la Fédération des Associations turques de Suisse romande, Celâl Bayar loue l’attitude du Département fédéral des affaires étrangères de ne pas autoriser l’édification d’un mémorial arménien à Genève, qu’il qualifie de «monument turcophobe»

Mémorial arménien de Genève: l’attitude responsable du DFAE

Dans son texte paru dans Le Temps du 10 février 2015, Vicken Cheterian s’en prend au conseiller fédéral Didier Burkhalter, sous prétexte que celui-ci «est intervenu pour empêcher le canton de Genève de délivrer le permis de construire» pour un «mémorial du génocide arménien» au parc de l’Ariana.

Sa diatribe devient inacceptable quand elle accuse le conseiller fédéral de mettre sur le dos des victimes le problème créé par le mémorial contesté.

M. Burkhalter est ministre des Affaires étrangères, et non pas des affaires arméniennes. Il ne peut donc regarder le monde à travers le monocle partisan de Vicken Cheterian, mais s’ouvre à tous les points de vue. C’est dans ce contexte que la Turquie, pays ami de longue date de la Suisse et partenaire économique et stratégique important, a exposé ses arguments et son mécontentement.

De son côté, l’Arménie, par un lobbying continu, cherche à influencer la Suisse selon ses intérêts. Tout cela peut être considéré comme normal dans les relations internationales, la Suisse procédant de même de son côté. Vicken Cheterian semble, lui, découvrir le monde.

Il est donc totalement injuste de stigmatiser Didier Burkhalter. Celui-ci, en plus de la réussite de son action internationale lors de son année présidentielle, a su voler au secours de l’esprit de Genève mis à mal par le projet municipal d’ériger, dans la zone internationale dédiée à la paix et à la réconciliation entre les Etats et les nations, un monument turcophobe sous la forme d’un mémorial aux victimes arméniennes des événements de 1915, sous l’Empire ottoman.

C’est donc avec raison que le Département des affaires étrangères a fait part au Conseil d’Etat genevois de sa vive préoccupation quant aux impacts cantonaux, nationaux et internationaux que ne manquerait pas d’avoir l’érection d’un monument partisan dans le parc de l’Ariana, au cœur de la Genève internationale.

Vicken Cheterian tire à boulets rouges contre l’Etat turc, bien sûr méchant et négationniste, mais occulte le plus important: c’est la communauté turque de Suisse qui s’oppose en premier lieu à ce mémorial, qu’elle voit comme stigmatisant, discriminant et raciste.

En 2015, année de commémoration où redoublent l’animosité et l’agressivité anti-turques de milieux nationalistes arméniens, et où l’on assiste à une déferlante de propos haineux sur des sites internet, ce mémorial est pour les Turcs de Suisse le symbole de la stigmatisation et de la mise au ban de leur communauté. Les autorités politiques, tant cantonales que fédérales, ne peuvent ignorer ce fait, n’en déplaise à Vicken Cheterian.

Venons-en aux événements de 1915. La qualification de «génocide arménien» ne fait pas, et de loin, l’unanimité. Cette période de l’histoire est toujours l’objet de nombreuses recherches, et la plupart des historiens spécialistes de l’Empire ottoman contestent le qualificatif de génocide. L’ONU, pour sa part, n’a jamais reconnu le «génocide arménien».

Dans son arrêt du 17 décembre 2013, la Cour européenne des droits de l’homme a considéré que Dogu Perinçek ne commettait pas un abus de droit en qualifiant de «mensonge international le génocide arménien» et que la notion de «génocide» est une notion de droit étroitement définie. La cour estime que «la recherche historique est par définition controversée et discutable et ne se prête guère à des conclusions définitives ou à l’affirmation de vérités objectives et absolues».

Dans un contexte de pressions arméniennes intenses, la Suisse a recouru contre cet arrêt, et une décision sera rendue prochainement.

Les propos de Vicken Cheterian sur l’opinion publique turque qui «s’est insurgée et questionne la narration officielle sur les crimes commis contre les Arméniens…» montrent soit sa méconnaissance de la Turquie, soit sa mauvaise foi. Concernant 1915 et la question arménienne, l’opinion publique turque partage la vision des historiens spécialistes de son histoire et est intimement convaincue que la qualification de génocide n’a pas lieu d’être. Les Turcs n’ont pas peur de la vérité, mais ils la veulent entière et complète.

L’instrumentalisation par Vicken Cheterian de la mort de Hrant Dink, citoyen turc d’origine arménienne, journaliste, humaniste, est scandaleuse. Imputer son assassinat à «l’Etat profond» turc, puis le relier au «génocide arménien», voilà qui est absurde et indigne.

Hrant Dink, homme de paix, opposé aux lois mémorielles, demandait de renoncer aux mots de négationnisme et de génocide. Il suppliait la diaspora de ne pas verser de l’huile sur le feu et de ne pas saboter la réconciliation.

Lucide, il déclarait lors d’un colloque à Malatya en avril 2006: «Le jeu joué dans le passé par les Anglais, les Français, les Russes, les Allemands sur ces terres se répète. Par le passé, les Arméniens les ont crus, espérant échapper à la domination des Ottomans. Mais ils se sont trompés, car ces soi-disant amis étaient là pour leurs propres intérêts, puis sont partis, après avoir mis ces terres à feu et à sang, poussant des peuples frères à s’entre-tuer.»

Fédération des Associations turques de Suisse romande

La cour estime que «la recherche historique est par définition controversée et ne se prête guère à des conclusions définitives»

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