Éditorial

Le droit à la sécurité

Les Suisses sont en droit de savoir si, pour la gauche, le droit à la sécurité, à une existence sans la peur, est un droit fondamental. On peut en douter au vu du référendum contre «l’État fouineur»

Il faut une bonne fois que le Parti socialiste suisse dise dans quel camp il se situe. Du côté du «pacte de sécurité», comme l’a défini François Hollande, ou de celui de l’irresponsabilité angélique. Qu’il dise s’il est prêt à donner aux services de la protection de l’Etat et des citoyens des compétences claires et les moyens d’enquête et de prévention à la hauteur des menaces: le cyberterrorisme, la généralisation des armes de guerre, la terreur dissimulée dans les jeux vidéo, les réseaux dormants, l’endoctrinement.

Le comité directeur du Parti socialiste a décidé de soutenir le référendum «non à l’Etat fouineur». Les délégués du PS devraient suivre le 5 décembre. Dans le fond, qu’importe leur décision, puisque c’est à une nouvelle déculottée que la gauche s’expose elle-même.

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Après les 129 morts de Paris, on ne donne en effet pas cher du référendum soutenu par l’assemblage de bric et de broc qui constitue le comité référendaire. Un comité dont le seul point commun est de ne pas encore être sorti de la culture de l’excuse, de la faute aux conditions socio-économiques, au manque de politique d’intégration, aux médias qui ont monté en épingle le sentiment d’insécurité.

Les Verts souhaitent un grand débat démocratique pour savoir jusqu’à quel point les Suisses sont prêts à sacrifier une part de leur liberté en échange de la sécurité. Très bien. Il faudra toutefois convaincre Daech, les djihadistes et la centaine de jeunes partis de Suisse pour combattre en Syrie de suspendre leurs opérations planifiées via la Suisse ou directement sur notre sol, le temps que nous débattions. Mais les Verts ne sont pas aux responsabilités et, de toute évidence, ils n’envisagent pas de l’être.

En revanche, les Suisses sont en droit de savoir si, pour le PS, le droit à la sécurité collective est un droit fondamental. Car les socialistes ont deux membres au Conseil fédéral. Et l’une, Simonetta Sommaruga, est précisément chargée de notre sécurité quotidienne. Aujourd’hui, face à la menace terroriste, le droit à l’existence sans la peur est la première liberté. Celle dont découlent toutes les autres. La gauche, qui s’attache tant à l’Etat distributeur, devrait se souvenir de ce qu’en disait le philosophe Alain en 1908: «La société est fille de la peur, non de la faim.» C’est en laissant la peur à l’UDC que le PS perd les élections.

C’est ainsi qu’une majorité du PS, coupée de la réalité et de sa base, continue encore aujourd’hui à opposer sécurité et liberté. Bien qu’une quinzaine d’élus socialistes ait estimé, en acceptant la loi, que le contrôle d’une autorité indépendante et des juges fédéraux était suffisant pour éviter le retour à une surveillance de masse et à la suspicion généralisée.

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