Ma semaine suisse

Google nous flique !

Dans le débat entre sécurité et liberté, il faut moins craindre les services de l'Etat que Google et les réseaux sociaux. Le premier nous flique, les autres résument la vie en 140 signes.

Ce qu’il y a de bien avec les réseaux sociaux, c’est que l’on n’a plus besoin de prendre les infos à la source ou de se taper tout un édito. 140 signes suffisent. Prenez Benjamin Franklin. Après le discours sécuritaire de François Hollande, on a fait dire sur tous les sites au rédacteur de la Constitution américaine : «Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l’une ni l’autre, et finit par perdre les deux”.

C’est évidemment faux. La citation exacte serait plutôt, traduite de l’anglais : «Ceux qui veulent renoncer à la liberté essentielle pour obtenir un peu de sécurité temporaire, ne méritent ni la liberté ni la sécurité». Il y a plus que des nuances. En fait Franklin défendait l'inverse de ce qu'on lui fait dire. Cette phrase est une charge contre la famille Penn, qui refusait que ses terres soient taxées pour financer la défense des frontières de l’Etat de Pennsylvanie, nous apprend Benjamin Wittes, de la Brooking Institution, sur le site spécialisé www.lawfareblog.com. Franklin défendait la sécurité collective.

La présidente de la Confédération, Simonetta Sommaruga, en rappelant les mesures prises par le Conseil fédéral  ne dit pas autre chose : «Les attentats portent atteinte à notre sécurité. Or la sécurité est l’un de nos biens les plus précieux. On ne s'en rend compte que lorsqu'elle ne va plus de soi... Ces attaques sont une atteinte à notre liberté d’agir, de penser, de croire… ». Sécurité et liberté sont donc indissociables et à mettre sur un même pied.

Or, en s’attaquant par référendum à la loi sur le renseignement, qui doit permettre  de garantir un niveau élevé de prévention par l’adaptation aux nouvelles technologies, le comité «Non à l’Etat fouineur» met en pièce cette égalité de valeur. «Plus de surveillance ne conduit pas nécessairement à une plus grande sécurité. Plus de surveillances entraine moins de liberté et une violation de nos droits fondamentaux», écrit-il. Le comité référendaire nie la possibilité d’un équilibre, par les contrôles démocratiques, entre liberté et sécurité.

Cette méfiance face aux services de l’Etat est hypocrite. Elle cache en réalité la volonté de se débarrasser des services de renseignement, de tout temps considérés  comme une monstruosité par la gauche.  Or la surveillance massive et généralisée de l’ensemble de la population n’est pas tant le fait de ces derniers que de celui des acteurs privés. Et d’abord de Google, qui nous suit à la trace via son système de géolocalisation, ses applications de messagerie gmail, ses gestionnaires Androïd. C’est effrayant. Et puis les fournisseurs d’accès internet. C’est aussi Facebook ou Twitter sur lesquels chacun de nous livre volontairement ses informations privées, parfois scabreuses, ses photos et ses centres d’intérêt. A Migros, chez Coop, aux distributeurs de billets, nous n’en finissons pas de laisser des traces. 

Ces informations sont à vendre au plus offrant, ce sont des biens marchands, y compris pour certaines agences de sécurité, selon les révélation d'Edward Snowden. Le risque d’abus est moins à craindre des Etats, plus ou moins contrôlés, que des sociétés privées, sans garde-fous légaux ou éthiques. Mais chacun de nous, même le comité «Contre l’Etat fouineur», s’y est résigné. C’est une situation schizophrénique.

Qu’au moins, alors, on nous épargne les discours sur l’Etat liberticide et les lois scélérates.

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