Disparition

La mort brutale de Benoît Violier crée la stupeur

Le «marchand de bonheur des fines papilles» s’en est allé. Le départ totalement inattendu du grand chef de Crissier suscite une gigantesque vague d’émotion. Médias et réseaux sociaux rendent hommage à ce talent hors norme, génie des fourneaux

Ce dimanche soir, la nouvelle a semé la désolation. Incrédules, d’abord, frappés d’incompréhension ensuite, submergés de tristesse enfin, médias traditionnels et réseaux ont répercuté l’onde de choc inattendue: celle propagée par la mort brutale de Benoît Violier, le grand chef de l’Hôtel de Ville de Crissier. En décembre dernier, il avait été sacré meilleur cuisinier du monde, en digne héritier de Frédy Girardet et de Philippe Rochat, son mentor. Une consécration qu’il avait trouvée «miraculeuse», rappelle le Spiegel.

Et ce lundi matin, il apparaissait encore, rayonnant sur la photo qui orne la page d’accueil de son restaurant, aux côtés de son épouse: «Brigitte & Benoît, chefs d’orchestre du restaurant de Crissier»… «Destins tragiques, foudroyés», dit l’éditorial du Matin, qui sort une double page d’hommage: «Le talent et le génie ont parfois quelque chose de terriblement maudit.»

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Le chroniqueur gastronomique Gilles Pudlowski a été l’un des premiers de la planète culinaire à faire part de son désarroi. Sobre, mais atterré. Puis le sinistre cortège funèbre s’est mis en branle sur les réseaux sociaux, de toutes parts, de tous milieux. Tout le monde, frappé de stupeur.

«C’est une nouvelle si terrible et si inattendue que même ses amis les plus proches en sont totalement abasourdis, plongés à la fois dans la sidération et la tristesse»: les premières lignes de la page entière que le quotidien vaudois 24 Heures a réussi à sortir malgré l’heure tardive résument bien le sentiment général. «Je vous dis, cette nouvelle, c’est le malheur», y témoigne Frédy Girardet. Alors que Pierre Keller, ex-directeur de l’ECAL et président de l’Office des vins vaudois, se dit «atterré», «complètement détruit» et «sans voix».

Le conseiller d’Etat Pascal Broulis, comme beaucoup, a «d’abord espéré que ce n’était pas vrai»; le critique gastronomique Knut Schwander trouve cela «affreux, juste invraisemblable»; Darius Rochebin partage le choc collectif; Paris Match parle d'«un génie du goût».

La presse française n’est pas en reste, dont tous les sites internet annoncent la nouvelle, le plus souvent via les agences de presse. RTL, comme beaucoup d’autres, indique que «le probable suicide du chef étoilé n’est pas sans rappeler celui de Bernard Loiseau. Le 25 février 2003, le chef de l’hôtel-restaurant La Côte d’Or avait lui aussi mis fin à ses jours à l’âge de 52 ans. Quelques mois plus tard, c’est Pierre Jaubert, propriétaire et chef de l’Hôtel de Bordeaux – deux pavillons au guide Michelin 2003 –, qui s’était suicidé.»

Parcours exceptionnel

Plusieurs médias étrangers racontent encore le parcours exceptionnel de Benoît Violier, tels le Guardian ou la BBC, le magazine Time ou même le Bangkok Post. «How Did Benoit Violier Die?» titre, stupéfait, l’International Business Times. Et, sans faire de conjectures hasardeuses, un internaute de Watson.ch écrit: «C’est triste, un grand chef qui n’osait parler à personne de ses problèmes. Comment avouer ses doutes et peut-être ses faiblesses. Un chef ne se plaint pas; même les amis les plus intimes ne connaissent pas toujours nos états d’âme.»

Le chef était connu loin à la ronde, fort de son premier rang à la Liste obtenu à la fin de 2015. Les articles du Jornal de noticias portugais ou de La Repubblica, de La Vanguardia ou du Het Nieuwsblad néerlandais le disent tous: c’était un représentant de la gastronomie à son niveau le plus élevé. Admiré de tous. Des dizaines de ses amis et de ses proches, des personnalités romandes ont donc naturellement fait part de leur immense chagrin. La voix étranglée, Gérard Rabaey, l’ancien patron du Pont-de-Brent, s’est dit atterré, à la radio, dans le Journal du matin de RTS Info.

Sur sa page Facebook, Daniel Rossellat, syndic de Nyon et patron du Paléo Festival, fait part de son «choc sidérant et incompréhensible» face à «ce départ du génial Benoît Violier! […] Hommage empli d’émotion à mon ami marchand de bonheur des fines papilles.» Son post est commenté avec force points d’interrogation: «Mais que s’est-il passé? Sacré meilleur cuisinier du monde, interviewé avec sa femme à la TV mi-décembre il avait l’air heureux et en pleine forme? Quelle terrible nouvelle! […] Il y a un mystère derrière cela… Ça semble tellement étrange. La pression des étoiles?? Un problème de santé?? Un accident… […] Quel gâchis.»

Quel gâchis, oui, alors que la page FB du restaurant de Crissier annonçait, il y a trois jours à peine, avec un lien vers le blog de la maison: «Il est des secrets plus envoûtants que d’autres et des parfums plus entêtants encore… La truffe noire a le privilège d’associer les deux sur son nom, jusque dans les cuisines du Restaurant de l’Hôtel de Ville – Benoît Violier, au point d’affoler les sens de toute la brigade à chaque nouvel arrivage en direct de Sarlat.»

Sur FB encore, la journaliste Florence Perret a écrit que jeudi soir, Benoît Violier était venu à sa table. «Nous avons parlé de plumes, de chasse, sa passion, du petit jardin secret de l’Hôtel de Ville de Crissier qu’il avait complètement réhabilité et pour lequel le chef venait d’obtenir les autorisations nécessaires: dès cet été, le «meilleur ouvrier de France» pourrait accueillir ses clients dans son jardin, «on a l’impression d’être en Provence».

Benoît Violier semblait heureux. Benoît Violier semblait heureux de ce projet. Chiennes d’apparences.

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