Revue de presse

Comment Londres a réussi à garder HSBC

La grande banque ne filera finalement pas à Hongkong. Mais en cas de Brexit, elle pourrait se replier sur… Paris, annonce son patron. Une histoire anglaise, aux accents suisses

Qu’est-ce qui fait l’attractivité d’un pays, d’une ville? Comment faire rester les grandes entreprises avec leurs milliers d’emplois et leurs revenus quand il y a crise, économique ou politique? La presse internationale revient largement sur la décision de la plus grande banque d’Europe de laisser finalement son siège mondial à Londres, prise «à l’unanimité» et annoncée dimanche soir, après dix mois de «review». Et les échos suisses sont nombreux.

«Est-ce que c’était finalement du bluff, se demande la BBC, HSBC a-t-elle vraiment sérieusement envisagé de quitter Londres?» Il faut le reconnaître, la majeure partie de la presse financière ou britannique affirme que la décision d’HSBC est tout sauf une surprise. «L’incertitude de la situation à Hong Kong, où la banque se serait installée en retournant à ses racines, a prévalu, explique le Financial Times, le risque régulatoire serait trop grand, la situation a beaucoup changé depuis 10 mois et la réponse politique des Chinois à la volatilité des marchés inquiète. Les banquiers occidentaux sont inquiets de la détention de libraires de Hongkong, qui montre que la Chine empiète sur l’indépendance légale du territoire». «Aucun board n’accepterait que HSBC devienne chinoise et c’est ce qui se serait passé si HSBC avait déménagé à Hong Kong», dit encore un investisseur, cité par le quotidien de la City. L’insécurité juridique, mère de toutes les victoires.

«La banque avait pourtant des arguments début 2015 quand elle annonçait se donner un an pour réfléchir, estimant qu’elle payait trop de taxes, reprend dans un commentaire la BBC. Mais ses états d’âme ont changé quand après les élections en mai 2015, George Osborne (le ministre des Finances) a annoncé modifier le calcul de la taxe qui pèse sur les banques depuis 2011, au lendemain de la crise financière, au profit des banques internationales et au détriment des banques britanniques. Osborne savait que le départ de HSBC serait un gros coup porté à Londres. Le Trésor soupire de soulagement.» Un prélèvement qui coûte près de 1,5 milliard de dollars par an à HSBC.

Plus que la situation chinoise, la presse britannique invoque les compromis passés par le gouvernement britannique pour expliquer la décision d’HSBC de rester sur les bords de la Tamise. «Quelle mauvaise nouvelle pour notre économie, écrit The Independant, s’appuyant sur l’analyse d’une directrice de recherche à la New Economics Fondation: «Jamais HSBC n’a été susceptible de quitter Londres mais en agitant cette menace, elle a réussi à faire pression sur les politiques pour obtenir qu’ils détricotent une série de mesures qui avaient été prises pour protéger les contribuables et les consommateurs. C’est une menace pour notre sécurité économique bien plus que grande que le départ de HSBC l’aurait été».

«Pourquoi diable serait-elle partie, y avait-il le moindre danger que HSBC abandonne un pays au système judiciaire douillet, aux régulations légères et où les poursuites judiciaires sont aussi rares que les dents sur les poules?» fait mine de s’interroger The Guardian. Et le quotidien – dont le cœur penche à gauche – de rappeler: «En 2012, HSBC a payé 1,9 milliard de dollars d’amende aux Américains pour blanchiment d’argent. En 2015, la Suisse lui a infligé 40 millions de francs d’amende pour ses déficiences structurelles ayant mené à du blanchiment d’argent dans sa filiale suisse, 30 000 clients qui ont triché. Mais quelques semaines après avoir promis des enquêtes, le chef de la FCA (l’équivalent britannique de la Finma) a découvert que son contrat n’était pas renouvelé, et en janvier, les Finances ont annoncé qu’elles abandonnaient leur enquête criminelle dans les activités illégales de HSBC». Le quotidien détaille d’autres affaires pour conclure: «L’industrie de la finance accueillera avec gratitude la capitulation du gouvernement mais nous autres restons révulsés devant ces scandales et démissions. Le système de régulation britannique a gravement failli et doit être repensé».

«Il est probable que les intérêts collectifs de l’élite corporate britannique ont joué un rôle, explique le professeur Andre Spicer de la Cass Business School, toujours dans The Guardian, c’est une source de revenus vitale pour les consultants, comptables, avocats et beaucoup d’autres corps, qui ont dû faire de leur mieux pour empêcher ce déménagement […] HSBC aurait été plongée dans un environnement d’affaires complètement différent et serait lentement devenue plus chinoise, avec une culture mettant l’accent sur les relations personnelles et un rôle augmenté pour l’Etat. On sous-estime souvent combien il est difficile de changer de siège pour une entreprise». Sweet music pour des oreilles suisses…

Le quartier d'affaires de Canary Wharf. Matt Dunham

Tous les commentateurs ne se réjouissent pas du statu quo. Pour certains investisseurs, la décision de HSBC équivaut à une «occasion manquée. Les concessions du chancelier sont inadéquates et le fardeau des régulations est un prix élevé, alors que la banque doit rester concurrentielle dans les marchés asiatiques, estime ainsi les analystes d’Investec cités par Les Echos […] Le déménagement à Hongkong, où le taux d’impôt sur les sociétés est de 16,5% (contre 20% au Royaume-Uni,) aurait apporté «des avantages financiers considérables… HSBC est maintenant piégée à l’intérieur de l’Union européenne».

On pensait en tout cas hier matin le sujet clos, d’autant qu’en annonçant qu’elle restait à Londres, HSBC avait aussi déclaré qu’elle cesserait de se reposer la question de son siège tous les trois ans, comme elle l’a toujours fait. Car «HSBC pense que son itinérance explique sa survie, avait écrit la semaine dernière déjà The Economist, dans un article interrogeant la notion de «Home» pour une banque. […] Les pays, les régimes passent. La banque perdure. D’ailleurs elle s’est sérieusement posé la question de son siège en 1941, 1946, 1981, 1986, 1990, 1993, 2008, 2009» et donc 2015. Peut-être faudrait-il donc ne pas être trop surpris: dans une interview à Sky News ce lundi soir, Stuart Gulliver, le chief executive de HSBC, a de nouveau fait l’événement en annonçant qu’en cas de Brexit c’est… Paris qui pourrait accueillir une bonne partie de ses effectifs européens, 20% de ses 5000 employés actuellement basés à Londres. «Si le Royaume-Uni quitte l’UE cela pourrait avoir un impact significatif sur certaines de nos activités – trading, coroporate banking, investment banking» a-t-il expliqué – de quoi «ajouter une pression supplémentaire à la veille d’une rencontre cruciale entre James Cameron et les leaders de l’UE», commente la chaîne. Pour Stuart Gulliver, le Royaume-Uni ferait mieux de rester dans une UE réformée.

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