Opinion

Vive Assad?

Entre les indéfendables dictateurs laïques et les islamistes barbares, le choix est vite fait, estime l’éditeur Pierre-Marcel Favre

Pour celles et ceux qui ont visité la fabuleuse Baalbek, au cœur de la plaine de la Bekaa, en zone Hezbollah, combattants pro-Assad du Liban, et les ruines romaines de Sabratha en Libye, et le richissime Musée national des antiquités de Bagdad, et enfin l’extraordinaire oasis de Palmyre, il n’y a peu de doute. Entre les indéfendables dictateurs laïques – Saddam Hussein, Kadhafi, Moubarak, Hafez El-Assad – et les islamistes barbares, le choix était vite fait. Sachant, si on connaît un peu la musique de ces régions, qu’il n’y a jamais eu la moindre chance d’un passage à la démocratie. Même si cela était souhaitable… Entre le choléra islamiste et la peste Assad, je prends aujourd’hui la peste, qui se soigne très bien. Pour le choléra, les antibiotiques sont peu efficaces, on meurt de déshydratation.

Les mensonges de George W. Bush

La sottise et les mensonges de George W. Bush étaient un signal: dès 2003, cinq millions d’Irakiens exilés, un demi-million de morts, un pays saccagé, désarticulé. Une communauté chrétienne massacrée ou en fuite. Une partie des soldats du dictateur, dépossédés, passant au djihadisme. Toute la région déstabilisée. Quel beau résultat. Pourtant prévisible, comme l’a démontré Dominique de Villepin, à la tribune des Nations unies, le 20 mars 2003.

Et pourtant, on a vu Sarkozy renouveler une opération semblable en Libye en 2011, sous l’influence de l’homme sans honte – BHL – créant un fantastique marché aux armes de toutes sortes, une véritable guerre civile et un foyer islamiste intense en face de l’Italie.

Moubarak emporté, embastillé, l’Égypte a perdu la majorité de ses touristes, principale ressource du pays. Le Sinaï n’est plus sous contrôle, malgré les efforts du Général Sissi, le nouveau raïs. Quelle grande avancée démocratique!

La Tunisie, sur le plan des institutions, s’en sort un peu mieux. On peut s’y exprimer. Il faut aider ce pays qui a des mérites certains, bien que la fuite de Ben Ali l’ait fait terriblement reculer économiquement et que Tunis fournit un contingent géant à Daech, plus de 5000 combattants!

Tout le monde sait que Bachar est un dictateur

Venons-en à Bachar el-Assad. Tout le monde sait qu’il est un dictateur extrêmement dur. Était-ce suffisant pour armer et financer contre lui des opposants qui ne pouvaient que se faire déborder par des islamistes? Les très grands démocrates d’Arabie saoudite et du Quatar voulaient sa peau. Les Kurdes aussi. Et les Sunnites. Et des ambitieux, tout simplement, qui une fois au pouvoir, auraient fait nécessairement mieux? Non bien sûr.

Dans ces pays laïques plus ou moins socialistes et étatiques, les chrétiens ont été respectés (en Irak, le ministre des Affaires étrangères, Tarek Aziz, était chrétien. La moitié des étudiants était de sexe féminin.)

Dans toute la Syrie gouvernementale, les sites archéologiques et les églises sont protégés. Avant l’insurrection, vous pouviez voyager absolument partout, je l’ai expérimenté. Rappelons que Damas est à une heure de route de Beyrouth. Et la majorité de la population ne songeait pas à partir pour l’Europe, malgré le régime en place.

La terreur islamique, créée par l’Occident

Espérons, prions maintenant que la terreur islamiste, largement créée ou favorisée par l’Occident, ne vienne pas à nouveau ronger l’Algérie fin de règne de Bouteflika, péjorée par l’effondrement du prix du pétrole, qui est à 95% la ressource principale d’Alger. La majorité de la population a vingt ans et se trouve au chômage. Même, la Jordanie ou le Maroc de Mohammed VI, peuvent se retrouver déstabilisés… Rappelons que les Marocains du RIF, paradis de la culture du cannabis, fournissent une communauté de 600’000 personnes en Belgique, avec pour petite capitale le fameux quartier de Molenbeek…

Une chose est sûre, les bouleversements à venir compliqueront encore la situation dans les diasporas islamistes en Europe. Et relevons au passage encore l’extraordinaire discrétion des gouvernements européens, de la presse en général, qui ne saluent pas à sa juste valeur, l’efficacité de l’intervention russe en Syrie…

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