Opinion

Ce qu’Hani Ramadan dit de la femme

Pour Hani Ramadan, «toute femme voilée n’est pas forcément un parangon de vertu. Pas plus qu’une femme plus ou moins habillée n’est nécessairement un démon. Il reste que la modernité ne protège plus le sentiment de la pudeur, valeur essentielle qui est aux origines de notre humanité»

En la date du 10 juin 2016, Le Temps a publié un article intitulé La leçon controversée d’Hani Ramadan. Un passage de ce texte est à l’origine d’une vaste polémique, une mère d’élève qui déclare au Temps: «Hani Ramadan a comparé les femmes voilées à des perles protégées dans des coquillages, et les femmes non voilées à des euros qui passent d’une poche à l’autre.» Or, je n’ai parlé ni de «coquillages», ni de «poche».

Lui emboîtant le pas, La Tribune de Genève reprend le refrain: «Une femme est comme une perle dans un coquillage. Si on la montre, elle crée des jalousies. Ici, la femme sans voile est comme une pièce de deux euros. Visible par tous, elle passe d’une main à l’autre.» Or, je n’ai jamais parlé de «jalousies». Usant du même procédé, d’autres journalistes ont pris le relais: «La femme non voilée est présentée comme une traînée par Hani Ramadan» (TAMURT NEWS, tamurt.info, 16 juin 2016). Titre du magazine français Le Point: Hani Ramadan: «Une femme sans voile […] passe d’une main à l’autre». (12 juin 2016) Et encore: (Selon Hani Ramadan) «La femme sans voile est comme une pièce de 2 euros. Visible par tous, elle passe d’une main à l’autre». Dans l’esprit d’Hani Ramadan, l’Occidentale dévoilée est ramenée à l’état de prostituée.» (Challenges, 13 juin 2016) Il y a même eu une suite donnée par Jean Romain (Hani Ramadan et l’école, Le Temps, 14 juin 2016), où ce dernier affirme: «Cela signifie que, puisque les femmes de chez nous ne sont pas voilées, elles sont disponibles pour tous! L’ampleur de cette injure faite non seulement aux femmes mais à toute une société a de quoi soulever des haut-le-cœur.»

L’image que je donne, je l’avais déjà exposée dans une Opinion publiée par Le Temps il y a quinze ans (!), dont voici un extrait qui vous permettra de saisir la différence qu’il y a entre ce que je dis, ce que l’on me fait dire, et les critiques qui me sont faites à propos de ce que je n’ai pas dit. J’ajoute que chaque fois que je me sers de cette parabole, je prends la précaution d’affirmer que la femme n’est pas un objet, et qu’il n’est question que d’une image:

«Il y a certes une autre vérité. Des cultures orientales nous enseignent que lorsque l’on possède une perle précieuse, il faut la conserver avec attention. Une perle précieuse, cela s’enveloppe dans du velours. Et l’écrin où soigneusement et délicatement on la pose n’a pas pour fonction de la briser, mais bien d’en protéger l’éclat et la splendeur. Plus une perle a de la valeur, plus on la tient à l’abri des regards indiscrets. Elle n’a pas de prix; elle est inestimable. Et la maisonnée qui la possède voit en elle se refléter la jeunesse, la famille et l’avenir de la communauté. Elle ne se découvre que dans la stricte intimité du couple où elle brille et resplendit de mille feux. Ce qui n’est pas interdit. La pudeur favorise ainsi un réel épanouissement sur le plan sexuel, qui n’a rien à voir avec la morne lassitude de gens gavés par le grand déballage de l’érotisme contemporain…

On exhibe au contraire une pièce de cent sous sans trop y songer. Elle passe de mains en mains et l’on finit par n’en ressentir aucune gêne. Ternie par ce commerce, elle perd hélas, de façon si précoce, la grâce de l’innocence. Evidemment, toute femme voilée n’est pas forcément un parangon de vertu. Pas plus qu’une femme plus ou moins habillée n’est nécessairement un démon. Il reste que la modernité ne protège plus le sentiment de la pudeur, valeur essentielle qui est aux origines de notre humanité.» Extrait de Le voile islamique: une autre vérité, par Hani Ramadan, Le Temps, 9 avril 2001.


Hani Ramadan, directeur du Centre Islamique de Genève

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