Editorial

La fin du cash, une barrière psychologique

Des économistes prônent l’élimination des billets de banque pour éliminer leur utilisation illégale. Les moyens de paiement électroniques les rendent de toute façon désuets. De là à passer au tout numérique?

Eliminer le cash, c’est à la fois une perspective surréaliste et parfaitement logique. Surréaliste, parce qu’il est difficile d’imaginer ne plus jamais toucher à un billet ou une pièce de monnaie. Et comment faire une confiance aveugle aux banques, elles – ou certaines d’entre elles – qui ont failli chavirer dans la crise financière? Et logique, parce que c’est le prolongement des progrès technologiques.

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Qui se pose encore la question de l’intérêt des cartes de débit ou de crédit? Qui n’a pas trouvé Uber fantastique au moins parce qu’aucun centime ne sort d’un porte-monnaie à la fin d’une course, ce qui renforce la sécurité des deux côtés? L’adhésion aux paiements en ligne est aussi un signe que les transactions se font toujours plus de manière électronique. Il est probable qu’on se mette plus ou moins rapidement à adopter les applications de paiements mobiles dont l’offre explose. Les pays occidentaux ne sont pas forcément les plus avancés dans ce dernier domaine. Le boom des paiements mobiles en Afrique, par exemple, bien plus rapide qu’ailleurs en témoigne.

La fin du liquide résoudrait un certain nombre de problèmes. Elle rendrait sinon impossibles au moins beaucoup plus difficiles les transactions illégales. Finies les valises de billets en échange d’une cargaison de drogue. Terminé aussi le transport de petites mallettes servant au blanchiment ou à l’évasion fiscale. L’économie souterraine, «au noir», n’aurait plus les moyens d’exister non plus.

Des solutions, mais aussi de nouvelles difficultés. Comment intégrer ceux qui n’ont pas de compte bancaire pour ne pas les marginaliser à l’extrême? Comment gérer l’aspect de confidentialité des données, si toutes les transactions, même les plus négligeables – et pas forcément illégales – sont enregistrées? Quid aussi des situations grises, où la loi change ou pourrait changer, comme dans la consommation de cannabis?

La fin du liquide, ce n’est pas encore pour demain, même si certains pays s’en rapprochent nettement, surtout au Nord de l’Europe. Cela ne se produira peut-être même jamais, tant la barrière psychologique du tout électronique semble difficile à franchir dans le domaine des finances. Et en Suisse, pays de banquiers par excellence, plus encore qu’ailleurs, où la détention de billets de 1000 francs continue d’augmenter. Peut-être même à l’excès.

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