Opinion

Lutter contre la manipulation

La raison des lobbies est-elle toujours la meilleure? C’est la question que se posent deux experts engagés dans le champ politique suisse, René Longet et Laurent Jospin. Aujourd’hui, 1er épisode

Aujourd’hui sur la plupart des thèmes liés à l’environnement incluant par exemple la biodiversité, le réchauffement climatique, ou l’épuisement des ressources naturelles, il devient de plus en plus clair qu’une importante majorité existe souhaitant une action efficace des décideurs économiques et politiques. Or manifestement, les propositions concrètes subissent trop fréquemment des échecs en votation populaire ou passent la rampe avec d’énormes difficultés et compromis vidant souvent le projet d’une part importante de sa substance. Comprendre le mécanisme sous-jacent est essentiel, si l’on veut arriver à un résultat suffisant dans des délais permettant à l’humanité d’éviter les conséquences les plus graves.

Diviser pour régner?

Une observation attentive de cette majorité montre qu’elle transcende le clivage gauche-droite. Schématiquement, on pourrait répartir la population en trois tiers, dont un premier s’oppose à toute idée de changement, et deux tiers souhaitent le changement mais sont répartis en deux moitiés dont une à sensibilité plutôt de droite voudrait faire peser, tout au moins majoritairement, l’effort sur l’engagement volontaire tant des producteurs que des consommateurs, et l’autre au contraire dite plutôt de gauche, préconisant de solliciter en premier lieu la législation et la prescription étatique.

La minorité niant la nécessité de l’action a dès lors une autoroute devant elle en opposant les deux composantes de la majorité. L’effort risque d’impacter les ménages les plus faibles? Les opposants au changement en prennent prétexte pour saper la proposition. Dans le scénario inverse, on brandit la menace d’un affaiblissement de l’économie et d’une montée du chômage. Quelle que soit la variante, nous nous retrouvons au final avec une majorité de circonstance qui bloque ou ralentit gravement tout progrès significatif. Lors d’une votation récente, les adversaires ont joué la double partition en affirmant simultanément que les ménages et les entreprises allaient être lourdement impactés quand bien même l’initiative en question proposait un jeu à somme nulle et qu’ainsi cette affirmation, littéralement matraquée à coup de millions dépensés en affichage catastrophiste, ne pouvait qu’être factuellement fausse.

Prendre conscience des manipulations

Ceux qui entendent défendre l’environnement au sens large, peu importe que la motivation soit de laisser une terre viable à nos descendants ou une préoccupation plus locale et plus individuelle, doivent prendre conscience de cette manipulation répétée de multiples fois, pour réussir à s’en libérer.

Les deux auteurs de la présente réflexion, tous deux fortement engagés sur ces questions environnementales mais appartenant à des familles politiques propres, souhaitent apporter un regard nouveau sur la question et ouvrir des pistes qui permettent de transcender ces manipulations contraires à l’intérêt général. A l’instant où nous écrivons ces lignes, le débat sur l’initiative pour l’économie verte est bien engagé, et le mécanisme de manipulation fonctionne à plein régime. Les adversaires jouent de nouveau sur les deux tableaux en avançant des conséquences relevant presque plus du délire paranoïaque que d’un réel débat. Et ce alors même que cette initiative ne répond pas à la question de la méthode mais définit uniquement un objectif général de long terme. Il semble légitime de penser que cette attitude démontre on ne peut mieux la mauvaise foi de cette minorité de blocage. Malheureusement, les corporations ayant de forts intérêts financiers à ralentir toute évolution disposent de moyens conséquents et il leur est facile d’alimenter des campagnes médiatiques pour créer la majorité de circonstance servant leur mauvaise cause.

Si nous voulons, ne serait-ce que tenir nos engagements minimaux comme celui de la COP21 signé récemment, nous devons réunir les forces conscientes de l’importance de la problématique environnementale de diverses obédiences sur un chemin commun afin de créer une majorité cette fois solide et capable de faire voter par la population les lois si urgemment nécessaires.


René Longet, expert en développement durable, ancien Maire de la Ville d’Onex (GE)

Laurent-David Jospin, Membre fondateur des Vert’libéraux neuchâtelois, blogueur environnementaliste www.ouvrirlesyeux.ch

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