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«Vertigineux», «audacieux», «fou»: la presse salue les ambitions martiennes d’Elon Musk

La conférence très attendue du milliardaire lors d’un congrès d’astronautes au Mexique a impressionné les médias, qui pointent toutefois l’absence de détails concernant le financement de la mission et l’habitat sur la planète rouge

Il est arrivé en retard, comme souvent. En rendez-vous ou en affaires, Elon Musk a la réputation d’avoir du mal à tenir les délais. Alors quand il annonce à Guadalajara une mission habitée de Space X pour Mars dès 2023, les spécialistes restent circonspects. Cité par l’AFP, l’ancien astronaute Leroy Chiao a fait le choix de l’optimisme. «S’il ne livre pas toujours à la date exacte, il atteint en général ses objectifs. Je dirais que c’est possible mais agressif.»

Après tout, on parle d’un homme qui a vendu des milliers de voitures de sport électriques et qui a réussi à faire revenir une fusée sur terre. Peut-être ce qui ressemble le plus à un héritier de Steve Jobs. Le journaliste du New York Times présent au Mexique l’a constaté. «L’ambiance de la conférence avait des airs de concert de rock ou de lancement d’un nouveau produit Apple avec des gens faisant la queue plusieurs heures à l’avance.»

Un plan comme cela sans perdre son sérieux?

Elon Musk a gagné le droit au bénéfice du doute. Si Space X n’a pas encore envoyé d’être humain dans l’espace, techniquement, peu remettent en cause sa capacité à construire la fusée la plus puissante de l’histoire. Comme l’a dit Eric Mack du site Cnet, «si n’importe qui d’autre était sur la scène d’une conférence internationale majeure et présentait un plan comme celui-là sans perdre son sérieux, la salle entière éclaterait de rire. C’est ambitieux à ce point.»

Pendant une heure, le milliardaire, orateur médiocre mais entrepreneur visionnaire, a présenté son plan qualifié au choix de «vertigineux» (MIT Technology Review), de «fou» (Slate) ou d'«audacieux» (The Altantic). USA Today a même recensé les «cinq moments où Elon Musk nous a éblouis», soulignant des «détails sortis tout droit de romans de science-fiction».

En revanche, le financement d’un projet aussi colossal a suscité plus de réserves. La NASA a dépensé 3 milliards de dollars rien que pour envoyer une mission inhabitée sur Mars rappelle au San Francisco Chronicle Dick Rocket, consultant sur les questions spatiales.

La colonisation de Mars, nouvelle conquête de l’Ouest

Pour le milliardaire, Space X doit avant tout se préoccuper du transport terre-Mars. Les détails sur comment les colons survivront une fois sur Mars restent «sommaires», estime un article du site Gizmodo, d’ailleurs retweeté par Elon Musk lui-même.

Dans un billet pour le magazine Forbes, Katherine Gustafson, spécialisée dans l’agronomie, se demande ce qu’on mangera sur la planète rouge. «Dans son discours, Elon Musk a comparé la colonisation de Mars à l’arrivée en Californie à l’époque où la côte ouest des Etats-Unis était une étendue sauvage impénétrable», écrit-elle. «Le problème avec cette analogie, c’est que la Californie est sur terre où les conditions existent pour faire pousser la nourriture dont nous avons besoin. Et si Mars dispose apparemment d’eau liquide, elle est pleine de perchlorates et d’autres impuretés qu’il faudra filtrer.»

Autre problème soulevé par The Verge: les radiations solaires. Une journaliste du site, présente dans la salle, a interrogé directement le patron de Space X sur ces radiations qui peuvent provoquer entre autres des maladies cardiovasculaires. «Ce n’est pas si grave que ça», a répliqué Musk. Pas sûr que les scientifiques partagent son point de vue.

Une rhétorique qui bloque

Le San José Mercury News a surtout tiqué sur la rhétorique du fondateur de Tesla. Pour le quotidien de la Silicon Valley, en parlant de Mars comme d’une alternative à une terre vouée à l’extinction, l’entrepreneur a «manqué une opportunité de faire ce que John F. Kennedy avait réussi dans son discours sur la Lune en 1962: inspirer une génération à prendre des risques. La peur n’est une bonne motivation pour personne.»

Malgré ses failles, le plan de Space X est plus avancé que celui de la NASA, signale Quartz.com. Et cette présentation médiatisée pourrait «créer le stimulus nécessaire à un effort public-privé dans l’avenir», ajoute le site. Un coup de pub qui lancerait pour de bon l’exploration martienne, rêve impossible d’un milliardaire obstiné.

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