Chronique

Pourquoi la RTS méprise-t-elle à ce point l’économie?

En tapant sur les banquiers et le monde de l’entreprise lors d’une émission, la radio a montré sa méconnaissance des jeunes, estime le rédacteur en chef du «Temps»

C’est un matin comme un autre où vous cherchez quelque chose à écouter dans votre voiture. Vous tombez sur une station de radio et une émission que vous aimez bien. Il est 8h00 et quelque. L’autoroute en direction de Lausanne sature déjà. Le soleil, lui, commence à chauffer doucement le bitume comme un matin d’été.

Le chroniqueur du service public vous explique qu’une grande conférence se déroule à Genève dans le domaine bancaire. Intéressant car il s’agit de Sibos, un salon financier qui traite surtout de la fintech. Autant dire la technologie, l’avenir et des dizaines de milliers d’emplois à la clef pour un secteur en complète recomposition. Cette semaine, un classement a placé la place financière genevoise au 23e rang mondial, une dégringolade inquiétante.

Tous ceux qui s’intéressent à la finance sont aux aguets sur ces questions. Notre journal a organisé une conférence sur le même thème jeudi soir: sold out. La banque de demain, cela résonne fort et notamment auprès de milliers d’étudiants prêts à rentrer sur un marché du travail turbulent.

Vieux schnock

Cela tombe bien: l’émission de radio que l’on s’apprête à écouter est diffusée sur le canal «jeune» de la RSR. Vous rentrez de la Silicon Valley où vous avez passé une semaine avec une dizaine d’étudiants romands, des HEC, des EPFL et des EHL. Des gamins avec une pêche incroyable et qui rendent très humble notre génération.

Aucun n’a dépassé 25 ans mais tous ont déjà l’idée de créer leur propre activité. En 2016, on monte sa start-up comme on créait un groupe de rock il y a 30 ans. Dans un garage et entouré de ses potes, il n’y a qu’un seul risque perceptible à l’horizon: ne pas rêver assez grand.

L’émission, c’est sûr, va nous parler de tout cela. Vous vous dites que, finalement, il ne manque pas grand chose à l’Arc lémanique pour se transformer en Silicon Valley. Avec un secteur académique de pointe, une économie super dynamique et un cadre naturel beau à se damner, il n’y a pas besoin de beaucoup d’imagination pour se croire en Californie.

On pousse le son de la radio. Et on entend le chroniqueur éructer sa haine envers le monde de l’entreprise. Nous rejouer la lutte des classes. Traiter les banquiers qui se rendent à ce salon de… «Fils de pute». Un peu sonné, vous vous dites que vous ne connaissez pas bien les jeunes, finalement. Le doute vous saisit quand même. Arrivé au bureau vous saisissez le nom du gars dans Google. Ouf, ce n’est qu’un vieux schnock.

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