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Deutsche Bank: encore une crise bancaire globale?

Il est difficile d’imaginer que les autorités allemandes laissent leur plus grande banque disparaître, pronostique notre chroniqueur Charles Wyplosz

On a la désagréable impression de retomber dans la soupe. Deutsche Bank est une banque majeure, plusieurs fois la taille de Lehman Brothers. Si elle sombre, la terrible année 2008 pourrait ressembler à une promenade de santé. C’est sans doute la meilleure raison pour ne pas s’angoisser.

Deutsche Bank est-elle à l’agonie? Sur les douze derniers mois, la valeur de son action a été divisée par deux. Et puis on apprend que les États-Unis menacent de lui imposer une amende gigantesque en raison de son comportement avant la crise des subprimes. Craignant que la goutte aille faire déborder le vase, la planète financière s’est emballée dans un mouvement de panique familier.

Deutsche Bank, elle, affiche la sérénité: il n’est pas question d’accepter «l’offre» américaine, un accord moins onéreux sera négocié car personne ne voudra prendra le risque de provoquer son effondrement. Mais l’affaire est bien plus vaste que l’amende en question.

Des stress test démentis par les faits

Depuis la crise, des doutes lancinants concernent les banques européennes. Au contraire des États-Unis et de la Suisse, qui ont rapidement imposé un nettoyage de leurs banques, les autorités européennes ont fait preuve de mansuétude.

On a vu une succession de tests d’effort (stress tests dans le jargon) rassurants mais rapidement démentis par les faits. La chute des cours des actions de banques allemandes, italiennes et portugaises depuis un an révèle ces doutes.

À tort ou à raison, les marchés financiers considèrent aujourd’hui que Deutsche Bank n’est pas assez solide pour faire face à une amende aussi lourde. En 2008, ces mêmes marchés considéraient que Lehman Brothers ne pourrait pas échapper à la faillite, ce que ses dirigeants déniaient avec la même énergie que les dirigeants de Deutsche Bank aujourd’hui.

Dirigeants dans le brouillard

Comme en 2008, l’opacité et la complexité des comptes des grandes banques empêchent de savoir ce qui en est. Il se peut même que les dirigeants de banques soient dans le brouillard tant la situation est complexe et changeante.

Que peut-il se passer à présent? Les États-Unis pourraient baisser l’amende, les négociations sont en cours. Mais ils peuvent persister, ce qui ouvrirait la porte à une longue procédure légale qui prendra du temps.

En attendant, Deutsche Bank verra fuir une partie de sa clientèle. Ce serait probablement le début de la fin. On se tournera alors vers les autorités allemandes, mais la situation est bien compliquée. En effet, depuis le début de l’année, les autorités européennes ne peuvent pas aider les banques sans avoir auparavant fait payer leurs actionnaires et leurs créditeurs importants. De fait, cela signifie la fin de Deutsche Bank.

«Lessivage des actionnaires»

C’est là que les choses deviennent intéressantes. Depuis des mois, l’Italie se débat avec ce problème, faute de l’avoir réglé avant la nouvelle réglementation. L’Allemagne, fidèle au principe selon lesquels les engagements pris doivent être tenus sans exception, n’a montré aucune compréhension à l’égard des Italiens. Or la voici prise dans la même nasse.

Il est difficile d’imaginer que les autorités allemandes laissent leur plus grande banque disparaître. Il va leur falloir s’engager dans une réinterprétation imaginative de la toute nouvelle réglementation. Les contours de la solution sont relativement clairs.

Elle commencera par le «lessivage des actionnaires», une levée de capitaux qui fera encore chuter la valeur des actions. Elle comprendra des aides savamment construites pour être compatibles avec la nouvelle réglementation et pour limiter le coût imposé aux contribuables, un peu comme ce fut le cas lors du sauvetage d’UBS en 2009.

Cette mascarade sera justifiée par les risques majeurs encourus par l’économie mondiale. Les Italiens n’attendent que ça. Le too big to fail (la banque est trop grande pour faire faillite), précisément que la nouvelle réglementation devait faire disparaître, se porte décidément bien.

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