Révolution de palais

C’est fou ce que les start-up agacent dans ce pays. Et pourtant…

Les start-up agacent, car on fantasme sur un monde de geeks superficiels qui jonglent avec les millions. Une vision délirante, à mille lieues de la réalité, estime Fathi Derder

«Ne fais pas de politique, tu vas t’ennuyer». Des amis m’ont prévenu. En 2010. Je voulais quitter le journalisme pour la politique. «Surtout pas! La politique, c’est lent, ce n’est pas pour toi. Et de toute manière, tu n’as aucune chance d’être élu». J’ai quand même essayé. Et ils avaient raison… tout est lent. Mais la lenteur peut être jouissive, parfois.

Pas loin de l’extase, mercredi dernier

Je n’étais pas loin de l’extase, mercredi dernier. Dans une salle de réunion bernoise, nous étions entre hommes. Trente, pour être précis, dont deux conseillers fédéraux. Côté ambiance, ce n’était pas les Folies Bergères. Mais ce fut jouissif: nous avons signé un engagement pour les start-up. C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup. L’aboutissement de plusieurs années de travail.

Les start-up, un monde de bobets hyperactifs?

Le lendemain, j’ai partagé ma joie sur Facebook. Un ami a réagi en publiant un article au titre élégant de: «Va te faire foutre, le monde de la start-up». Un monde fait, selon lui, de bobets hyperactifs qui s’extasient devant les dernières fonctions de Snapchat. Ce genre de propos ne me surprend plus. Des élus disent la même chose, à peine plus élégamment. Comme ce collègue qui me dit régulièrement qu’«elles servent à rien, mes start-up». Ou cet autre qui dénonce «mes gaillards qui gagnent des milliards sans payer d’impôts». Et quand je donne une conférence, une voix se lève invariablement pour me demander d’arrêter de défendre ces «frimeurs qui vendent du vent». A tel point que je ne parle plus de start-up. C’est devenu un gros mot. Pour ne fâcher personne, je parle d’entreprises fondées sur la science.

Les start-up agacent

Les start-up agacent, car on fantasme sur un monde de geeks superficiels qui jonglent avec les millions. Une vision délirante, à mille lieues de la réalité. A l’EPFL, je vois des scientifiques calmes qui arpentent des labos silencieux pour soigner des maladies incurables. Sans frime, ils veulent juste bâtir un monde meilleur, et se foutent de Snapchat. Ils n’ont, en outre, pas de temps à perdre sur Facebook. «Par moments, je reçois dix mauvaises nouvelles par jour», me racontait jeudi un patron dont l’équipe se bat contre le cancer de la prostate. «Certains matins, c’est dur de trouver l’énergie. Mais on se bat. Et on va continuer de se battre».

Rien n’est bling-bling, dans nos start-up. Tout y est lent, pénible, et pas très glamour. Comme la politique, en somme. Mais les start-up, elles, construisent le monde de demain. La politique l’a enfin compris.

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