Opinion

Sus aux centrales nucléaires obsolètes!

Sans même aucune considération sur les risques que le nucléaire fait peser sur notre génération et les prochaines, il convient de rappeler avec force que chaque année de fonctionnement supplémentaire des centrales obsolètes ne fait qu’augmenter la facture finale, qui devra être assumée par les citoyens de notre pays. Mettre un halte-là structuré à cette hérésie économique est une mesure de bon sens

La campagne sur l’initiative des Verts pour une sortie programmée du nucléaire vient à peine de commencer qu’une énorme contre-vérité occupe la scène médiatique, affirmant qu’une sortie anticipée du nucléaire exposerait les citoyens-payeurs à devoir assumer des dédommagements colossaux de l’ordre de plusieurs centaines de millions aux exploitants des centrales.

Et les coûts de démantèlement?

Sur le principe du plus c’est gros, mieux ça marche, on oublie de mentionner que les coûts du démantèlement, et plus grave encore du traitement des déchets à très long terme, incomberont de toute façon à ces fameux citoyens-payeurs garants de dernier recours. La Commission européenne a mentionné, en ce début 2016, un budget de 250 milliards € pour fermer les 123 réacteurs en activité en Europe.

La Cour des comptes en France, pays notoirement pro-nucléaire, vient pour sa part d’annoncer un montant de 100 milliards pour son parc. Or ces chiffres ne font qu’augmenter après chaque évaluation, et il convient de s’attendre à ce qu’ils montent encore. Les chiffres parallèles de l’Office fédéral des finances doivent être publiés pour la fin de l’année et les experts neutres prévoient le pire, alors même que lors de la dernière révision en 2011, l’IFF (Inspection fédérale des finances) avait déjà réclamé une hausse de 30%. Que cela porte le nom de dédommagement pour fermeture anticipée ou de compensation de sous-couverture des fonds démantèlement et déchets, le citoyen payera dans tous les cas les coûts réels qui auraient dû être intégrés dans le prix à l’origine et ne l’ont pas été.

La branche s'est moqué de nous!

Lorsque les pro-nucléaires, confrontés à cette dure réalité, doivent admettre que la branche s’est moquée de nous, ils tentent de récupérer la situation à leur avantage en avançant qu’à ce stade, il vaut mieux laisser les réacteurs fonctionner encore quelques années pour permettre la constitution de ces réserves supplémentaires nécessaires et manquantes.

Bis repetita! On choisit cette fois d’oublier que les centrales atomiques produisent actuellement à perte et ceci sans même une prise en compte correcte des aspects d’assurances, démantèlement, et déchets à long terme. Plus longtemps elles produiront, plus elles creuseront un trou important!

Un accident nucléaire? Un million de personnes à déplacer

Un accident nucléaire sur le plateau suisse conduirait à devoir déplacer 1 mio de personnes et signifierait potentiellement la fin de notre pays par faillite, due à un dommage représentant jusqu’à 10 années de PIB! Dès lors, les besoins en maintenance croissants, pour offrir un semblant de sécurité, conduiront à ce que le courant d’origine atomique soit toujours moins compétitif sur le plan économique, alors que les énergies renouvelables suivent exactement la courbe inverse.

Pourquoi un tel acharnement?

Pour comprendre la justification d’un tel acharnement à vouloir défendre ce cadavre, il faut se tourner du côté des bilans des exploitants des centrales. Pour la plupart, ils inscrivent encore des chiffres importants à l’actif au titre des centrales existantes alors qu’ils devraient au contraire provisionner largement pour pouvoir tenir leurs engagements. En clair, une centrale nucléaire n’est pas un élément de fortune, mais en réalité une charge à futur. L’arrêt anticipé de Mühleberg par les BKW suite à l’explosion des coûts de la maintenance le prouve de manière éclatante.

Sans même aucune considération sur les risques que le nucléaire fait peser sur notre génération et les prochaines, il convient de rappeler avec force, que chaque année de fonctionnement supplémentaire de ces centrales obsolètes ne fait qu’augmenter la facture finale, qui devra être assumée par les citoyens de notre pays. Mettre un halte-là structuré à cette hérésie économique ne relève surtout pas du doux rêve de l’idéaliste en chaussettes de laine, mais de la simple bonne gestion financière!


Laurent-David Jospin, Membre fondateur des Vert’libéraux neuchâtelois, blogueur environnementaliste www.ouvrirlesyeux.ch

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