Opinion

Plaidoyer pour un marché couvert à la Riponne: le ventre de Lausanne

Ce qui manque à Lausanne? C’est un marché couvert, à la Riponne, estime Patrick Heiz, architecte

Au-delà des considérations d’ordre urbanistiques et architecturales, les aspects culturels et commerciaux du tissu économique participent également à la qualité de l’espace public des villes. Comment inspirer une vitalité locale au cœur de nos cités en réponse à l’uniformisation commerciale imposée par des franchises internationales? Le rôle identitaire des infrastructures du centre-ville – aussi bien publiques que privées - est une question qui devrait faire partie des priorités d’une municipalité. Places, routes, ponts, fontaines et autres parcs: tous ces biens communs participent à la qualité de vie et au bon fonctionnement d’une cité – et font déjà partie des préoccupations évidentes des nombreux services de l’administration municipale.

Comment dynamiser le centre-ville?

Si le volet «public» est généralement déjà reconnu, comment par contre dynamiser, pour le bien de la communauté, la contribution «privée» à l’urbanisation qualitative du centre-ville? Comment inciter les propriétaires et les acteurs indépendants à s’engager pour renouveler le patrimoine du cœur de la cité? Comment convaincre aussi bien les citoyens que les investisseurs que des projets ambitieux et complexes sont possibles même en territoire déjà fortement densifié?

La réponse favorite des responsables politiques est la mise en place de nouveaux instruments légaux, de postes administratifs supplémentaires ou remaniés, d’incitations fiscales ou autres outils pour tenter de diriger un marché censé être libre et concurrentiel. On planifie en zones, gabarits, quotas, coefficients: autant d’éléments incitatifs, jamais décisifs.

Une autre voie est celle qui devrait être embrassée par des municipaux visionnaires: montrer concrètement l’exemple. En proposant de véritables projets «municipaux» au centre-ville, qui aillent au-delà de la simple cosmétique à court terme (mobilier urbain, nouveaux revêtements de surface ou arbres ponctuels).

Un exemple concret, à Lausanne

Illustration locale avec un exemple très concret qui se joue, deux fois par semaine, sous les fenêtres de la municipalité de Lausanne: le traditionnel «marché» accueillant au centre-ville la crème des maraîchers et autres artisans de tout le canton. Magnifique étal de produits, le marché est aussi l’occasion de rassembler, de manière informelle, les habitants de tous bords sociaux, économiques et politiques. De réunir, en plein air et au fil des saisons, la population autour de l’authenticité, des traditions. N’est-ce pas là l’un des plus beaux exemples d’une «mixité» sociale et culturelle, tant visée à coup de quotas par l’ensemble des planificateurs politiques?

Le marché de Lausanne, un parcours du combattant

Si les 20 km de Lausanne sont une course pédestre qui a lieu chaque année dans la capitale olympique, c’est également le parcours du combattant que doit faire chaque semaine l’amateur de produits frais du marché communal. Serpentant dans un dédale fuyant de stands audacieusement calés dans les pentes des rues commerçantes, des kilomètres séparent les carottes du fromage ou le pain des fleurs. Alors que les atouts majeurs d’une arcade au centre-ville devraient être celles de la visibilité et du grand passage, l’obstruction complète des vitrines et les bouchons piétons sont garantis deux fois par semaine à Lausanne grâce au marché-serpent. Dommage, car ces deux types de commerces – le permanent et l’éphémère – ont tout à gagner l’un de l’autre, de manière complémentaire.

Imaginons donc un centre-ville dynamique, porté par une municipalité ambitieuse qui souhaite offrir un cadre efficace et moderne au commerce local. Qui encourage le renouveau urbain en conjuguant expérience architecturale, épicurienne et marchande. Alors de toute évidence, l’infrastructure d’accueil qui manque à Lausanne est un marché couvert.

La solution du marché couvert

Grande vitrine des plus beaux produits du terroir, cette superstructure serait aussi le théâtre d’autres activités d’importance régionale, fièrement accueillies au cœur de la capitale vaudoise: concerts, manifestations sportives, foires, marché de Noël. Projet urbain à géométrie variable, ce grand toit abritera tous ceux qui, à longueur d’année, montent et démontent leur stand, leur tente, leur scène.

Imaginons concrètement notre projet pour un centre-ville exemplaire: où à Lausanne mieux asseoir des halles couvertes que sur la place libre qui se cherche un nouveau destin depuis de nombreuses années, à une minute à pied de la Rue Centrale? Quelle esplanade ne demande qu’à servir de plaque tournante entre le nord et le sud de la Ville, le lac et la campagne, la périphérie et le centre, le passé et le futur d’une petite métropole? Un marché couvert, voilà le programme idéal pour la Place de la Riponne!

Chaque nouvelle infrastructure publique au cœur de la cité signalera l’engagement de la municipalité pour le dynamisme de son centre. A l’heure des ventes par Internet, ou la concurrence commerciale du village global semble être insurmontable pour de nombreux commerçants, aidons le village local en renforçant le centre-ville. Mettons en scène la vibrante cohabitation entre les commerçants établis dans la pierre et ceux ancrés dans la terre. Avec un marché couvert comme exemple d’une infrastructure ambitieuse et fière au service de toute une région, donnons au centre-ville un nouveau lieu rassembleur et identitaire: le ventre de Lausanne!


Patrick Heiz, architecte associé de Made in, à Genève et Zurich

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