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Michelle Obama, bien plus qu’une icône

Engagée, fière, drôle, percutante et exigeante: la First Lady, qui aurait toutes les qualités pour se lancer dans une carrière politique, a marqué son époque, allant parfois jusqu’à éclipser son mari. Elle manquera

En quittant la Maison-Blanche, Michelle Obama va laisser un grand vide. La femme de l’année, c’est elle. Bien plus qu’une First Lady, elle a cette prestance, cette stature, ce charisme, qui font d’elle quelqu’un qu’on écoute. Loin de se contenter de rester dans l’ombre de son mari, elle aussi a marqué ses années de présidence.

Cette semaine encore, dans sa dernière grande interview accordée à Oprah Winfrey, Michelle Obama a osé dire que les Etats-Unis étaient entrés dans une phase plus sombre avec l’élection de Donald Trump. «Maintenant, nous sentons ce que cela fait de ne pas avoir d’espoir», a-t-elle confié, alors que Barack Obama avait précisément été élu sur un «message d’espoir et de changement». Calme, posée, elle a à nouveau souligné à quel point il était important d’avoir un «adulte» à la Maison-Blanche, capable de rassurer pendant les périodes agitées.

«Quand ils s’abaissent, nous nous élevons»

Michelle Obama a cette classe qui lui colle à la peau. Même en s’adonnant à la chorégraphie de «Thriller», de Michael Jackson, lors de la fête d’Halloween pour enfants à la Maison-Blanche. Première First Lady afro-américaine, elle a surtout subjugué son monde en octobre dernier, avec son discours tenu à Manchester, dans le New Hampshire. Un discours dans lequel elle a fustigé les propos outranciers de Donald Trump à l’égard des femmes, avec l’élégance de ne jamais le nommer.

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Elle avait déjà fasciné fin juillet, lors de la convention démocrate de Philadelphie, avec cette phrase, désormais mythique, choisie par sa plume personnelle Sarah Hurwitz: «When they go low, we go high». Que l’on peut traduire par: «Quand ils s’abaissent, nous nous élevons».

Une icône intouchable

Des déclarations musclées, percutantes, efficaces, qui frappent. Et qui révèlent surtout une Michelle Obama passionnée et authentique, capable de s’ériger en rempart contre Donald Trump et ses excès. Elle intervient pour défendre son mari, ou quand elle sent que l’Amérique est en danger, avec un candidat qui a fait campagne comme dans une émission de téléréalité, où tous les coups, au-dessus et en dessous de la ceinture, semblaient permis. Un symbole, une icône intouchable, qui n’a que très rarement été prise pour cible par les adversaires politiques de son mari et l’équipe de Donald Trump.

Le président élu a d’ailleurs réagi aux déclarations de Michelle Obama sur le manque d’espoir. Mais avec modération, sans l’agressivité à laquelle il recourt habituellement quand il se sent attaqué. Il s’est contenté de dire, en plein «Thank you Tour», qu’elle voulait probablement parler du passé et pas du futur. Avant d’ajouter que lors de leur première rencontre à la Maison-Blanche, «elle n’aurait pas pu être plus agréable». A croire que l'«effet Michelle Obama» fonctionne même sur Donald Trump. Intouchable, donc.

«Je ne me lancerai pas dans une course à la présidence»

Son dernier grand discours public, dans le New Hampshire, lui a valu des milliers de mails et de lettres. Il n’en a pas fallu plus pour que d’aucuns se mettent à rêver de la voir, elle l’icône de la classitude et de la réussite modeste, présidente des Etats-Unis dans quatre ans ou plus.

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Un rêve que son mari a rapidement balayé: la populaire Michelle s’est à de rares exceptions près toujours tenue à l’écart de la politique, et continuera à le faire. Elle-même l’a d’ailleurs déclaré publiquement, il y a plusieurs semaines: «Je ne me lancerai pas dans une course à la présidence, non, je ne le ferai pas. J’ai deux filles à la maison, et ce n’est pas facile d’être enfants de président.»

Elle a ajouté: «J’ai l’intention de continuer à servir le public, de manière non biaisée, et je pourrai peut-être atteindre des gens que je ne peux pas atteindre aujourd’hui en raison du fait que je suis Michelle Obama, la première dame». Et puis, Barack Obama a encore précisé, avec son sens de l’humour habituel, que sa femme aurait demandé le divorce s’il avait pu briguer un troisième mandat.

Une personnalité admirée

Mais visiblement, même si elle a de la peine à l’admettre, elle semble prendre un grand plaisir à être une First Lady respectée et écoutée, du haut de son 1m80. Bien sûr, Michelle Obama hésitait au début à s’installer à la Maison-Blanche, envisageant un temps de rester à Chicago. Bien sûr, elle a plusieurs fois laissé entendre s’y sentir comme dans une prison dorée, et n’hésitait pas à en échapper en retrouvant sa bande d’amies pas loin, dans les restaurants BLT Steak ou Zaytinya. Mais le plaisir est bien là. Et cela se voit.

Son interview chez Oprah Winfrey n’a fait que relancer la certitude qu’elle aurait davantage séduit comme candidate démocrate à la place de Hillary Clinton. En faisant tomber des barrières, la First Lady suscite de l’admiration chez des millions d’Américains qui se reconnaissent en elle. N’en déplaise à la juge Jeanine Pirro qui vient de la harponner sur Fox News.

Michelle Obama, 52 ans, a grandi à Chicago, dans le South Side, dans un tout petit appartement. Son père, Frazer Robinson, un descendant d’esclave, était machiniste dans l’usine municipale de filtration d’eau. Atteint de sclérose en plaques, il est mort en 1991. Sa mère, Marian, dont la grand-mère travaillait également comme esclave, dans des rizières de Géorgie, était femme au foyer puis secrétaire. Elle vit aujourd’hui avec sa fille et sa famille à la Maison-Blanche. Et les suivra dans leur nouvelle demeure.

Michelle Obama a un grand frère, Craig. C’est un peu grâce à lui qu’elle obtient, en 1981, une bourse pour entrer à l’Université de Princeton: Craig était une star de l’équipe locale de basketball, entraîneur des Beavers d’Oregon State.

Mémoire sur la discrimination raciale

Elle a consacré son mémoire de fin d’études à Princeton à la discrimination raciale. Les Obama avaient tenté de garder le document caché jusqu’à l’élection de Barack. Peine perdue: sous la pression des médias, Michelle Obama a été contrainte de ressortir le texte.

Princeton, puis Harvard, en faculté de droit. Michelle, qui se spécialise dans le marketing et la propriété intellectuelle, exercera ensuite comme avocate dans un cabinet d’affaires de Chicago, le cabinet Sidley Austin. C’est là qu’elle a fait la connaissance de l’homme qui changera son destin. Barack Obama n’était alors qu’un stagiaire, diplômé de Harvard lui aussi, dont elle devait s’occuper. Tous deux seuls Afro-Américains du cabinet.

Michelle Obama travaillera ensuite à la mairie de la ville qui l’a vue grandir, puis comme vice-présidente chargée des relations extérieures de l’hôpital universitaire, où elle gagnait 250 000 dollars par an. Plus que Barack Obama à l’époque. Mariage en 1992, naissance de Malia en 1998 et de Natasha, dite Sasha, en 2001.

Femme noire éduquée, elle n’a pas que des admirateurs. Pendant la campagne électorale de son mari, elle a été qualifiée par certains médias virulents de «moitié amère» du président. Elle a notamment raconté, dans une interview en 2007, que son époux avait mauvaise haleine le matin et qu’il peinait à ranger ses chaussettes, des «révélations» qui ont été mal comprises. L’époque même où «Vanity Fair» la classait parmi les dix personnes les mieux habillées du monde.

Karaoké et apparition dans une série TV

Aujourd’hui, son charisme égale celui de son mari; le magazine «Vanity Fair», encore lui, la considère comme une «icône de la culture pop», et elle a compris qu’elle pouvait participer à des émissions télévisées, dont le fameux karaoké dans la voiture de l’animateur James Corden, où elle se dandine sur du Beyoncé et du Stevie Wonder, tout en conservant son image de classe et d’élégance. Et sa crédibilité. Elle n’a d’ailleurs pas hésité à apparaître dans un épisode de la saison 13 de la série télévisée NCIS, où elle jouait son propre rôle.

Très engagée, elle s’est mobilisée pour que les Américains restent en bonne santé. On se souvient de sa campagne «Let’s move» contre l’obésité des enfants, des potagers de la Maison-Blanche qu’elle cultivait sous les caméras. Ou encore de son action en faveur des anciens combattants par le programme «Joining Forces».

Incarnation du couple glamour

Michelle et Barack, c’est aussi l’incarnation du couple glamour, solide, mais frisant le romantisme mièvre. Il suffit de se souvenir des déclarations de Saint-Valentin devant des caméras. C’est d’ailleurs dans un chariot à pâtisseries que Barack Obama avait caché la bague de fiançailles en 1992. Le 20 janvier 2009, c’est elle qui, au pied du Capitole, tenait fièrement la Bible sur laquelle son mari a prêté serment.

Si Michelle Obama, celle qui est devenue en fin de campagne le plus grand soutien pour Hillary Clinton alors même que les deux femmes n’ont pas toujours été très proches, fait aujourd’hui mine de vouloir s’effacer, de se réjouir de s’éloigner du cirque médiatique que lui imposait sa fonction de première dame, c’est probablement pour mieux rebondir. On la verrait bien, avec la verve et la passion qui la caractérisent, s’engager davantage en faveur de l’accès à l’éducation des couches défavorisées de la population. Ou pour l’interdiction des armes à feu.

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