Chronique

La diplomatie suisse face à l’administration Trump

La Suisse pourrait être touchée par les menaces proférées par le président élu sur l’ONU et l’OMC, prévient notre chroniqueur François Nordmann

Les mutations de l’ordre international dont la Suisse est devenue progressivement partie prenante depuis 1945 préoccupent l’opinion publique. Elles remettent en cause les principaux piliers sur lesquels elle s’appuie depuis lors, notamment le multilatéralisme, la liberté des échanges, les droits de l’homme et la coopération internationale.

Ces principes reposent sur le droit international qui s’est développé depuis septante ans, et qui est lui-même mis au défi. La sécurité de l’Europe garantie par les Etats-Unis nous a permis de moduler une politique de neutralité large et ouverte. Elle n’est plus assurée et connaîtra sans doute des évolutions. L’ensemble de règles, de politiques et d’innovations qui façonnent notre société sous le vocable de la mondialisation est sous pression.

«Au nom du peuple»

La montée de mouvements prétendant parler fort et à titre exclusif «au nom du peuple» érige le nationalisme et le repli en nouvelle doctrine politique. Ces nouveaux partis sont autoritaires, conservateurs ou réactionnaires, intolérants et xénophobes.

Ils tendent à substituer leur régime à la démocratie pluraliste. Ils rejettent les institutions internationales. Ils exploitent les craintes et les griefs des victimes des inégalités sociales. Le phénomène est présent en Europe de l’Est, en Europe centrale et gagne du terrain à l’Ouest, comme le montre la décision des électeurs britanniques de quitter l’Union européenne. L’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis en est l’expression la plus achevée.

Les premières interventions de Trump sont inquiétantes

Sans vouloir crier au loup, il faut admettre que les premières interventions dans le débat public du président élu sont inquiétantes. Il s’en est déjà pris au libre-échange, à l’ONU, aux alliances commerciales, à la Chine, au Mexique… Il a d’emblée adopté une position hostile à l’UE en se rangeant derrière le champion du Brexit, Nigel Farage et en qualifiant sa propre victoire de «Super-Brexit». Il a d’abord dénigré les services de renseignement américains avant de se rallier à leurs conclusions sur le piratage des ordinateurs de la campagne démocrate.

Comment la Suisse va-t-elle réagir à la dégradation de la situation internationale? Elle doit d’abord être en mesure d’évaluer les risques que le nouveau président constitue. Le rapprochement qu’il a annoncé vouloir poursuivre avec la Russie du président Poutine (tout en réarmant) n’est pas en soi négatif, à une triple condition:

  1. La sécurité de l’Europe doit être préservée.
  2. Le président des Etats Unis ne saurait souscrire à l’affaiblissement de l’OTAN, indépendamment des réformes qu’il réclame.
  3. Il ne doit pas baisser la garde en Europe du Nord et de l’Est, et en particulier la Baltique.

Conséquences négatives possibles pour la Suisse

La réunion des deux chefs d’Etat que Genève brûle d’accueillir ne doit pas devenir un nouveau Yalta. L’Amérique est imprévisible et elle veut faire peur… A cet égard la rencontre prévue avec le premier ministre britannique, Theresa May, le mois prochain permettra d’y voir plus clair. Si la politique de Donald Trump aboutissait à un déséquilibre nuisible aux intérêts de l’Europe, elle aurait des conséquences négatives pour la sécurité de la Suisse.

La Suisse aurait aussi à pâtir de deux manières si la nouvelle administration mettait en œuvre les menaces proférées par le président élu sur l’ONU et l’OMC. La substance des programmes (climat, droits de l’homme) serait touchée. L’éventuelle diminution des contributions américaines ne manquerait pas d’affecter le fonctionnement des organisations sises à Genève.

Enfin, dans le domaine commercial, les mesures esquissées (fiscales, tarifaires et monétaires) n’ont rien de rassurant pour les partenaires économiques des Etats Unis.

La diplomatie suisse aura du pain sur la planche: après avoir acquis une image plus précise des positions américaines, la question se posera d’une parade efficace. On en revient à la défense des intérêts les plus élémentaires.

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