Charivari

French kiss en public, vous aimez?

Un couple s’embrasse goulûment devant vous. Vous appréciez? Ou la scène vous gêne? Notre chroniqueuse a moyennement goûté à l’affaire dimanche dernier…

Je ne sais pas si c’est l’âge des protagonistes, plus vraiment des adolescents. Ou alors les odeurs de fondue bourguignonne, signature du restaurant. Ou encore le contraste avec l'extérieur – soleil pâle, froid sec, roseaux caressés par la brise, eau vive qui file sous le gel dormant. Mais, dimanche, après une balade de rêve autour du Lac Brenet, j’ai buté sur un couple de quadras qui s’embrassait à pleine bouche, langue et gosier, à l’heure du thé.

D’ordinaire, j’aime ces baisers sans fin qui tentent de sceller ce qui est destiné à ne pas durer. J’aime ce plongeon dans l’autre, cet abandon. Le baiser est sacré, c’est un pacte, un donjon. Oui, mais là, devant moi qui commençais à peine à digérer mon sandwich de midi, le pacte avait plutôt des allures de «Secret story» mal dégrossi. Question vibration, on était moins dans «Autant en emporte le vent» que chez «Les Bronzés font du ski». Sans doute une histoire de lieu et de moment. Après cinq minutes à tenter de regarder ailleurs alors que j’étais assise pile face aux assaillants, je me suis amusée à convoquer mentalement Nadine de Rothschild. La reine du bon goût aurait sûrement conseillé un peu d’intimité à ces amants insistants…

La marque d’un élan rebelle

Le baiser public. De Doisneau à Brassens, nos poètes le chouchoutent comme la marque d’un élan rebelle. Comme un don contre-don universel. La chose est pourtant très occidentale. Et encore, nos amis américains préfèrent nettement le hug, étreinte fraternelle, aux lèvres offertes. Le baiser public, même furtif, est boudé en Afrique, en Asie, dans les pays musulmans et chez les Inuits. Et, comme disait Emmanuelle Béart dans «J’embrasse pas», de Téchiné, en 1991, les prostituées offrent tout sauf ça… C’est privé, un baiser, presque secret.

Mais il y a les amants et leurs baisers volés dans des endroits dérobés. Les illégitimes, les contrebandiers de l’amour en douce. Du coup, au Lac Brenet, je me suis mise à imaginer que, puisqu’il n’était pas débutant comme le chante Brassens, le couple vorace d’en face était forcément clandestin. Et je l’ai trouvé un peu plus digeste parce que coquin. Et puis, c’est la nouvelle année, non? L’époque où l’on se souhaite le meilleur à travers une bise. Sur la joue, certes, mais il faut que le smack claque pour qu’il y ait un vrai coup de sac. Alors, comme lancent les chanteuses de Brigitte, «embrassons-nous, embrassez-vous» et tant pis pour les scènes sans panache qui font un peu tache.

Publicité