Chronique

Avis de tempête sur la gauche française

Les chances du candidat désigné prochainement par la primaire socialiste de participer au second tour sont très faibles, et il est bien possible qu’il soit devancé par Emmanuel Macron, ce qui pourrait entraîner l’éclatement du parti, analyse notre chroniqueur David Hiler

Sale temps pour les électeurs de gauche français! Tout laisse à penser qu’ils devront choisir, au deuxième tour, entre François Fillon, conservateur catholique fraîchement converti au néolibéralisme et Marine Le Pen, ennemie jurée de l’immigration et de l’Europe, et adepte convaincue du protectionnisme.

Minée par le quinquennat catastrophique de François Hollande, champion absolu de la cote de désamour, la gauche française risque bien de se retrouver dans la situation qu’elle a vécue à l’élection présidentielle de 2002, lorsque le candidat socialiste fut incapable d’accéder au second tour.

Sondages aussi faux à l’époque qu’aujourd’hui

Depuis lors la tripolarisation de la vie politique française s’est renforcée et Marine Le Pen devrait pouvoir réunir un quart de l’électorat. Un petit coup d’œil dans le rétroviseur reste tout de même intéressant. En 2002, tout paraissait simple. Le premier tour était la vitrine idéale pour toutes les petites formations politiques; au deuxième tour, on retrouvait de manière quasi automatique le Parti socialiste et un parti aux origines gaullistes. Les résultats de l’élection présidentielle avaient donc été un véritable coup de tonnerre dans la vie politique de nos voisins.

La gauche au sens large et les différentes chapelles d’extrême gauche ne présentaient pas moins de 8 candidats! Lionel Jospin, alors premier ministre, était donné présent au second tour par tous les sondages. Pas de chance, ces derniers étaient aussi faux à l’époque qu’aujourd’hui… Lionel Jospin avec 16,2% des suffrages terminait derrière Jean-Marie Le Pen, qui en obtenait 16,9, ce qui assurait au président sortant, Jacques Chirac, une réélection triomphale.

Atomisation du vote socialiste au premier tour

L’échec était d’autant plus humiliant que les candidats des différents partis qui participent aujourd’hui à la primaire de gauche avaient réuni 29% des voix et les organisations d’extrême gauche 16% (un score que Jean-Luc Mélenchon rêve sans doute d’atteindre!) A noter que les différents courants de la gauche socialiste étaient déjà bien marqués puisque Jean-Pierre Chevènement, le père spirituel d’Arnaud Montebourg, et Christiane Taubira, l’icône des frondeurs, participaient au premier tour.

Lors des élections de 2007, ni la gauche, ni l’extrême gauche ne tirèrent la leçon de ce cuisant échec; on eut à nouveau une myriade de candidats. Mais cette fois, beaucoup d’électeurs choisirent de voter utile. Les scores des candidats qui n’avaient aucune chance de participer au second tour sont en nette baisse. Ségolène Royal se qualifia donc facilement pour le second tour.

Divorce consommé avec l’extrême gauche

En 2012, le parti socialiste et les radicaux de gauche décident d’organiser une primaire, une grande première pour la France. François Hollande en sort vainqueur dans les circonstances que l’on sait. Au premier tour, l’écologiste Eva Joly qui se présente au premier tour fait un score misérable. Avec Jean-Luc Mélenchon, la gauche de la gauche s’en tire nettement mieux, avec ses 11%. L’effet «tout sauf Sarkozy» envoie Hollande à l’Elysée. L’extrême gauche refuse de participer au gouvernement Hollande. Le divorce est consommé.

Aujourd’hui, l’élection présidentielle est une échéance à haut risque pour le parti socialiste, qui connaît par ailleurs une véritable hémorragie de ses adhérents. Non seulement les chances du candidat désigné prochainement par la primaire de participer au second tour sont très faibles, mais il est bien possible qu’il soit également devancé par Emmanuel Macron, ce qui pourrait entraîner l’éclatement du parti.

Au-delà de la spécificité de la situation française, les élections présidentielles pourraient donc confirmer l’émergence en Europe d’un champ politique quadripolaire avec l’extrême droite, la droite classique, un parti démocrate et une gauche anticapitaliste. En Espagne, les socialistes et Podemos ont préféré laisser gouverner les conservateurs que de s’allier; en Allemagne, les sociaux-démocrates privilégient les coalitions avec le parti d’Angela Merkel plutôt que le rapprochement avec Die Linke; l’Italie présente tableau finalement identique même si moins lisible.

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