La vie à 30 ans

A nos souhaits

Chaque mercredi sur le Web et le jeudi dans la version imprimée du «Temps», notre mutine trentenaire tient désormais chronique

Au moment où tout le monde a commencé à s’embrasser, vers minuit, je me demandais ce que signifiait ce «Bonne année», souhaits et tout. La formule change, suivant les âges, les circonstances. Encore ivres de jeunesse, on se promet l’amour ou le travail, des réponses claires à cent mille questions, des road trips cheveux au vent, peut-être un jour des enfants. Tout cela dans l’ordre qui vous plaît. Ceux dont les rides commencent à raconter le temps qui s’enfuit espèrent d’abord garder la forme, la santé, et préserver ce qui peut l’être autour d’eux.

Tout le monde s’embrassait, donc, en s’aspergeant de bulles qui tentaient faussement de ressembler à du champagne, et je me disais que l’on souhaitait d’abord à ceux que l’on serre dans ses bras ce que l’on imagine pour soi. Un vœu, comme une prière laïque, une odeur de feux d’artifice. Cela ne raconte en réalité que nos espoirs ou nos terreurs à nous, des tableaux connus que l’on tente de recopier, des souvenirs futurs à raconter. A nouveau, mettez cela dans l’ordre que vous voulez.

Avec ce regard pompette qu’on a lorsque l’année bascule, je n’ai plus pensé à ce que j’espérais. J’ai gardé une seconde de plus ma bise sur la joue d’une copine que son gars avait quittée, lui murmurant que, le prochain, promis juré, la mériterait. J’ai sauté sur le dos de mon pote en lui hurlant tout ce qu’il voulait. Ma copine a souri, mon pote s’est marré.

Ils prennent ma jeunesse encore pour du bonheur, parce que je ris dès que je peux, et ils ne savaient pas trop quoi me souhaiter. Ce que j’aimerais, naïvement, c’est que cessent les méchancetés bêtes, destinées à ébranler, celles qui viennent te vriller le ventre et te gardent éveillée. 2017! Dieu que le temps file, je voudrais que les mecs fassent moins les forts, disent plus souvent la vérité. Prescrire aux filles des injections de fierté. Que les miroirs leur soient plus doux, que leurs mères cessent de vouloir les caser.

Si l’on décidait d’arrêter de meubler l’air avec des mots, mais simplement se regarder pour se comprendre, une seconde d’apaisement, longue comme ce baiser sur une joue qui aurait la chaleur d’un vœu d’éternité. Déjà, je vous souhaite ce que me glissait ma grand-mère, traditions toujours. «Bonne année, bonne santé et le paradis à la fin de vos jours.»

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