Révolution de palais

La politique, loin des médias

Subventionner la presse pour éviter des casses comme la mort de «L’Hebdo»? Notre chroniqueur estime que le monde politique fourmille de mauvaises idées pour les médias, publics ou privés

Mauvaise nouvelle pour les journalistes: les politiciens veulent les aider. Depuis une semaine, et la mort annoncée de L’Hebdo, on entend tout et n’importe quoi. Des élus de gauche proposent de subventionner les médias. En campagne contre la réforme fiscale des entreprises, ils veulent donner de l’argent aux patrons de presse. «Ne baissez pas les impôts: distribuez du cash.» Intéressant. «Les médias ne sont pas des entreprises comme les autres», expliquent-ils. C’est exact. L’indépendance des médias est essentielle. Lâchez-leur la grappe.

Ligne rouge franchie

Prenons le débat parlementaire sur la SSR. La ligne rouge est allègrement franchie par des élus de tous bords, depuis des mois. «Tu trouves ça normal, toi, qu’on diffuse de la Formule 1 et des séries américaines?» Ce genre de question de café du Commerce devient un thème parlementaire. Trop de sport, pas assez de culture, plus de ci, moins de ça… Le parlement piétine l’autonomie du service public, et révèle 246 talentueux chefs des programmes. Des patrons de presse visionnaires, prêts à réinventer le business model de la SSR en lui interdisant tout développement sur le Web. Ni pub, ni retransmission en direct. Une vidéothèque pour le troisième âge, qui disparaîtra en moins d’une génération.

«De l’aide au suicide»

Le monde politique fourmille de mauvaises idées pour les médias, publics ou privés. A coups de subventions, notamment. Le numérique est un tsunami, certes. Mais le marché de la musique, touché de plein fouet il y a vingt ans, a trouvé des réponses sans subventions. En Suisse, le parlement préfère dilapider des millions pour la distribution postale de journaux. Subventionner Sony pour fabriquer des 45-tours, en somme. De l’aide au suicide.

«C’est assez dur comme ça»

Dans cette grisaille, il y eut un espoir dimanche. Une collègue, dans un hebdomadaire romand rentable, suggère que la Confédération soutienne les projets innovants. Heureuse coïncidence, quelques lignes plus bas, les éditeurs ont la même idée. La solution idéale, donc. A un «détail» près: cette aide existe depuis longtemps, mais personne ne la sollicite. L’agence fédérale pour l’innovation propose des millions aux médias… qui n’en veulent pas. Les fonds ne sont pas utilisés. C’est humain. On aime l’argent pour maintenir son train de vie. Pas pour plonger dans l’inconnu.

Les médias sont en crise, c’est assez dur comme ça. Ils n’ont vraiment pas besoin d’élus pour piétiner leur indépendance ou réinventer la roue. La politique est loin des médias? Tant mieux. Qu’elle le reste.

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