France

Algérie, la blessure française

Cinquante ans après l’indépendance de l’Algérie, considérer la colonisation comme un «crime contre l’humanité» comme l’a affirmé Emmanuel Macron est encore un tabou

Comment ne pas être abasourdi de voir qu’en France, plus de cinquante ans après l’indépendance de l’Algérie, le fait de considérer la colonisation comme un «crime contre l’humanité» déclenche une telle polémique?

L’évidence historique, pourtant, plaide pour la formule employée à Alger, mardi, par Emmanuel Macron devant la télévision algérienne. Des populations entières furent asservies puis obligées de se fondre dans la «République Française une et indivisible». Mené sabre au clair et au bout du fusil par des armées impitoyables, le processus européen de colonisation, en Algérie comme ailleurs, fut accompagné d’une litanie de massacres, d’exactions, d’expropriations et de déportations qui, aujourd’hui, vaudraient sans doute à leurs responsables d’être poursuivis par la justice internationale.

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Le candidat à la présidentielle a donc eu raison lorsqu’il a asséné: «La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime. C’est un crime contre l’humanité. Une vraie barbarie. Et ça fait partie de ce passé que nous devons regarder en face, en présentant nos excuses». Mais l’ampleur des réactions négatives, surtout à droite, prouve que la mémoire tricolore n’est toujours pas en mesure d’accepter la brutalité d’un tel constat. L’intention «civilisatrice» de la colonisation, l’indéniable développement économique qui s’ensuivit, les tourments de l’Algérie indépendante depuis 1962 et l’allergie à la «repentance» restent, dans la France de 2017, des marqueurs d’opinion très forts. D’autant plus forts que la greffe démographique, avec trois à quatre millions d’Algériens et binationaux présents sur le sol français, reste très difficile à assumer en ces temps de menace islamiste et d’incantations identitaires.

«Réconciliation des mémoires»

Vu de Suisse – ce pays d’où partit en 1853 le Genevois Henry Dunant pour exploiter une concession coloniale dans le Constantinois avant de devenir, bien plus tard, la base arrière des indépendantistes algériens jusqu’aux accords d’Evian de mars 1962 – la déclaration d’Emmanuel Macron mérite néanmoins d’être saluée. Quelles que soient les actuelles visées électoralistes de l’intéressé, à la recherche du fameux vote des banlieues, et même si la volonté des colonisateurs n’était pas jadis d’éradiquer des peuples entiers, la blessure algérienne française ne pourra jamais se guérir sans une cure intensive de vérité et cette «réconciliation des mémoires» défendue à Alger par l’ancien ministre de l’économie.

La sordide manipulation de l’histoire par les actuels dirigeants algériens pour justifier leurs errements, leurs prébendes et la violence rampante dans leur pays est injustifiable. Mais à l’approche d’une élection présidentielle décisive, la France, produit du métissage de la colonisation, n’a, elle, rien à gagner à se diviser sur de tels tabous.

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