Analyse

Un 8 mars postcolonial

Le groupe PostCit propose une sélection d’événements fictifs, entre réformisme et utopie, qui conçoivent les luttes actuelles en lien avec les expériences, les savoirs et les résistances de celleux qui furent placé.e.s sous le joug de l’esclavage et du colonialisme

Cet article fait partie de l'édition spéciale «Les femmes font Le Temps», écrite par une cinquantaine de femmes remarquables, et publiée lundi 6 mars 2017.


Et si le 8 mars était l’occasion de prendre au sérieux les approches critiques de la «race» et de la postcolonialité pour penser les droits des femmes et de toute personne altérisée dans le monde? Le groupe de recherche PostCit vous propose une sélection d’événements qui appréhendent les luttes actuelles en lien avec les expériences, les savoirs et les résistances de celleux qui furent placé.e.s sous le joug de l’esclavage et du colonialisme.

Inauguration de l’Espace de la mémoire présente

Cette installation met en scène les hologrammes d’afro-descendantes incontournables. Henriette Alexander (1817-1895), connue pour son journal interrogeant sa condition de femme noire en Suisse, est assise à son bureau en pleine rédaction. Face à elle, Tilo Frey (1923-2008), l’une des premières conseillères nationales, élue en 1971 à la suite de l’introduction du vote des femmes, place son bulletin de vote dans l’urne au Palais fédéral. Cette installation sera inaugurée sur la place de Neuve, à Genève, et remplacera le buste d’Henry Dunant, fondateur de la société coloniale suisse à Sétif (Algérie). Elle s’inspire d’autres monuments publics dédiés aux militantes, telle que la statue de Solitude (1772-1802), résistante à l’esclavage érigée aux Abymes (Guadeloupe). L’Espace accueillera ensuite d’autres figures d’émancipation au gré des débats publics.

Le 8 mars à 11h, place de Neuve

Une experte du regard dans les écoles

Lors de leur cours d’éducation antiraciste, les élèves du secondaire pourront écouter une conférence au sujet d’Amanoua Kpapo, performeuse albinos de la troupe Togo-Mandingo qui parcourut l’Europe et l’Asie au début du XXe siècle. Comment Kpapo arriva en Europe depuis Accra? Quelle fut la nature de son travail dans les zoos humains, si populaires en Suisse? Comment l’exhibition d’une altérité «sauvage» a-t-elle formé un regard qui exotise et déshumanise les corps non blancs aujourd’hui encore? Comment ces pratiques coloniales impactent-elles le racisme et le sexisme actuels? Telles seront les questions abordées par la rapporteuse spéciale pour la promotion du regard décolonisé, qui est aussi l’une des descendantes de Kpapo.

Le 8 mars à 14h15, sur la scène de la rue du Village suisse

Un rapport sur la désobéissance à la matrice coloniale des violences

«Désobéissons pour enfin respecter toute existence qu’elle soit noire, rom, féminine, trans, queer, handicapée/à capacité différente, travailleur. se du sexe, asexuelle, enfantine, animale, végétale, etc.» Tel est le résultat sans appel du rapport publié par la Coalition sur les violences et traumas inter- et intra-espèces de différentes générations. Selon celle-ci, «à partir de la colonisation et du capitalisme, la vie à protéger est construite sur le modèle soit-disant universel et rationnel de l’HB +, à savoir l’homme blanc, cisgenre, hétérosexuel, bourgeois, de culture chrétienne, marié et valide, seulement 15% de l’humanité actuelle! Les vies «déviantes» se retrouvent contrôlées, isolées, amoindries voire exterminées par des pratiques qui normalisent la violence à leur égard (chasse aux «sorcières», profilage racial, psychiatrisation, industrialisation de la production alimentaire, etc.).» En tournée mondiale, la Coalition fera halte à la frontière franco-suisse. Une occasion en or pour participer à un mouvement planétaire d’alliance des colères et des résistances.

Le 8 mars à 19h, dans l’Espace pour les migrations/déplacements d’hier et d’aujourd’hui (ex-douane de Moëllesulaz).

Publicité