Editorial

Le retour des tenants de la caisse unique

Credit Suisse prévoit un doublement des primes d’assurance maladie d’ici 2040. Et deux initiatives fédérales sont proposées par deux poids lourds lémaniques de la politique de la santé. Malheureusement Mauro Poggia et Pierre-Yves Maillard tentent de faire renaître une caisse unique rejetée par le souverain

Credit Suisse prévoit un doublement des primes d’assurance maladie d’ici 2040. Et deux initiatives fédérales sont proposées par deux poids lourds de la politique de la santé.

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Pierre-Yves Maillard et Mauro Poggia connaissent les raisons du mécontentement. Mais leurs initiatives, comme la caisse unique, ratent la cible.

Les populistes de tous les partis ont compris que la perception passait avant les faits. L’idée de s’en prendre au lobby des assureurs fait coup double. Une grande partie de la population ne supporte plus ce dernier. Et son poids dépasse effectivement son apport à la compétitivité du pays. Une réaction politique n’est pas surprenante. Interventionniste, le duo Maillard-Poggia procède par interdits pour aboutir à ses fins et renforcer les pouvoirs de l’État.

Son premier texte propose donc, si l’on en croit la Tribune de Genève, une interdiction aux élus fédéraux de siéger dans l’organe d’administration, de direction ou de surveillance d’un assureur maladie ou de recevoir une rémunération de la part de ce secteur. On oublie que les groupes d’intérêts sont utiles, mêmes s’ils sont trop puissants dans un monde rendu complexe par la volonté des autorités de vouloir tout contrôler et tout surveiller. Le Conseil fédéral et le public ont en effet besoin des analyses et des informations des experts.

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La deuxième proposition du duo Maillard-Poggia fait renaître la caisse unique. La «nouvelle» initiative exigerait que les assureurs ne fixent plus le montant des primes. Le dernier morceau de concurrence serait repris par l’État sous la forme d’une caisse de compensation qui reprendrait le modèle de la caisse chômage. Mais qui résout le chômage? Ce n’est pas la caisse chômage, ni l’Etat.

Ce sont les entreprises, c’est-à-dire le marché et la concurrence, parce que chacune est incitée à faire mieux que d’autres pour répondre aux besoins et offrir ses services à un prix inférieur. Au lieu de ça, les cantons définissent les prestations, leurs prix et nomment les responsables de la santé. Si bien que la concurrence est étroitement contrôlée sur l’ensemble de la chaîne.

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Le volet de la responsabilité individuelle pourrait également être amélioré. Singapour connaît par exemple un compte d’épargne santé, qui permet à chacun de préparer l’avenir. Les assurés sont davantage responsabilisés et les coûts de la santé sont plus bas qu’en Suisse.

En revanche, les deux initiatives de Pierre-Yves Maillard et Mauro Poggia sont muettes sur le rôle des incitations, sur les maladies chroniques et la prévention. Une nouvelle occasion de gâchée!

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