Psychologie

Au secours, je suis accro à mon smartphone!

La nomophobie est entrée dans «Le Robert» et touche une grande partie de la population. Pourtant, l’addiction au téléphone portable reste une notion difficilement mesurable

A 43 ans, Laurent consulte son téléphone «plusieurs centaines de fois par jour», vérifie ses e-mails depuis la plage, et regarde ses notifications «push» pendant la nuit. Le mode avion? «Ah non n’exagérons pas! Jamais!» S’estime-t-il addict? «Je pense que je pourrais me passer de mon smartphone si on me disait de le faire…» Une problématique que Philippe Katerine avait parfaitement résumée dans l’hilarante chanson «Téléphone»:

La nomophobie – de l’anglais no mobile, sans portable, et phobia, peur – a beau avoir fait son entrée dans Le Robert et toucher une grande partie de la population, elle reste une notion plutôt floue. L’addiction au smartphone n’est d’ailleurs pas reconnue par le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM). Pléthore de conseils «digital detox» fleurissent sur le Net – faites votre marché – et certains vendent des vacances sous cette bannière…

Par contre, «il n’existe pas de test validé scientifiquement mesurer cette addiction», confirme Corine Kibora, porte-parole d’Addiction Suisse. Les demandes d’aide qui arrivent sur leur ligne de conseil proviennent généralement de parents inquiets de l’utilisation excessive de leurs enfants. Après évaluation, et selon les besoins, le suivi peut être assuré par des spécialistes tels que la Fondation Phénix ou le centre d’addictologie des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

A quel moment s’alarmer?

Il est donc possible de demander de l’aide, et d’en recevoir. Mais à quel moment s’alarmer? Pour Corine Kibora, il s’agit d’observer l’empreinte que ce «cordon ombilical psychosocial» laisse sur notre travail, nos relations sociales, notre sommeil. «Nous devrions nous questionner dès que nous remarquons des pertes.»

Blaise Reymondin, spécialiste du numérique et blogueur pour Letemps.ch, a été confronté à cette question. «Je dégainais mon portable dès les premiers instants de cerveau disponibles. Je me reconnectais sans but précis, de manière compulsive, juste pour vérifier s’il y avait du nouveau après cinq minutes, voire moins.» Sa prise de conscience, il l’a faite après avoir observé les autres dans la rue, les transports publics, et après avoir reçu des remarques sur son propre comportement.

Il faut s’avouer le problème

Comme pour toute addiction, il s’agit de s’avouer le problème. Selon Nicolas Belleux, psychiatre et psychothérapeute, la question à se poser est: «En quoi est-ce que cela me coupe du monde qui m’entoure directement?» Le smartphone nous empêche parfois de travailler, de passer des moments en couple, de rester disponible pour nos enfants. Mais on y revient toujours avec bonheur! Normal, «c’est une sorte de shoot, le smartphone stimule le circuit de la récompense», rappelle-t-il.

Et il n’y a pas d’âge pour être accro. Dans un dossier paru dans L’Hebdo en décembre 2016, le professeur Daniele Zullino, chef de groupe au service d’addictologie psychiatrique des HUG, déclarait recevoir chaque année une centaine de nouveaux patients souffrant notamment de nomophobie, dont des retraités. «Par contre, le cerveau de l’enfant est plus malléable, et tombe plus facilement dans l’addiction», prévient le Dr Belleux, qui a reçu des parents démunis devant le comportement parfois violent de leur enfant suite à une privation de smartphone. «L’adulte parvient mieux à s’autogérer, a une plus grande capacité à dire stop.»

Les puces à se mettre à l’oreille

Quoique… Les adultes, plus vraiment en âge de se faire confisquer leur smartphone par leurs parents, attendront souvent les problèmes physiques pour réaliser leur nomophobie. Parmi les répercussions mentionnées par Addiction Suisse: les troubles de la vision, les douleurs aux poignets, les douleurs dorsales, les troubles du sommeil et de la concentration, l’irritabilité. Autant de petites puces à mettre à votre oreille… pour autant celle-ci ne soit pas constamment obstruée par votre téléphone.

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