Editorial

La majorité féminine, atout caché du gouvernement vaudois

Derrière le duo de mâles Maillard-Broulis, le bon bilan s’explique par le fait que quatre de ses sept membres sont des femmes

Le plus agréable serait que ce thème n’en soit plus un. Qu’il n’y ait plus besoin de s’en préoccuper dans la bataille des idées et des personnalités. Car la revendication féministe apparaît parfois encore comme la volonté de pousser «n’importe quelle femme», du moment qu’elle en est une. C’est en tout cas ce que pensent certains hommes. Comme si «n’importe quel homme» n’avait pas si souvent été élu parce que du bon district, de la bonne profession, par les hasards du moment ou juste parce qu’il avait une bonne tête sur l’affiche.

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Depuis cinq ans, le gouvernement vaudois compte ainsi une majorité de femmes. Au moment de renouveler ce gouvernement dans les urnes, le 30 avril, c’est pourtant aux deux supposés mâles alpha du Conseil d’Etat, Pascal Broulis et Pierre-Yves Maillard, que l’on tresse des louanges. Le bilan positif de cette législature serait le résultat direct de leur merveilleuse entente, de leur équilibre, de leur capacité d’écoute réciproque.

Qu’il soit cependant ici permis d’écrire que c’est un peu court, qu’il y a peut-être une autre explication aux bons résultats de la gouvernance vaudoise.

La ministre PLR Jacqueline de Quattro exprimait il y a quelques jours le plaisir qu’elle a eu à travailler ces cinq dernières années avec une majorité de femmes. Cette spécialiste des arts martiaux voulait signifier que les combats légitimes autour de la table du Conseil d’Etat s’étaient déroulés dans un esprit neuf et inédit.

On peut d’abord relever qu’il s’agit d’une attitude, d’un esprit différent. Une antienne masculine a longtemps voulu faire croire que les femmes, entre elles, ruinaient de leurs crêpages de chignon l’impératif d’avancer collectivement au sein d’un exécutif. La majorité féminine du Conseil d’Etat vaudois a démontré exactement l’inverse. Une manière de pragmatisme clair dans le règlement les dossiers s’est installé. Il est décidément faux d’en dire les mérites sans souligner cette composante féminine.

On doit surtout constater, sans aucun risque de glisser vers les clichés, que les femmes ministres portent d’autres thèmes politiques que leurs collègues masculins. Plus familiaux, plus sociaux. La violence conjugale, l’égalité salariale, la problématique de garde d’enfants: ces sujets, d’évidence, ont été portés avec plus de force grâce à cette majorité féminine.

A l’heure du renouvellement ministériel, il ne s’agit pas de «vouloir une femme pour une femme», comme ils disent. Mais cette dimension éclaire autrement le fier bilan revendiqué par le Conseil d’Etat sortant. La majorité féminine au gouvernement vaudois reste ainsi l’un des vrais enjeux de ces élections. Nous aimerions qu’elle se perpétue au-delà du 30 avril.

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