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A Lausanne, l’avenir de la place Saint-François inquiète

Un intense débat a lieu sur la page Facebook du président de GastroVaud suite à un article annonçant la mort d’un café-brasserie

Ce sont les informations parues dans le Lausanne Cités du 29 mars, puis deux jours plus tard en version plus concise dans 24 heures, qui ont mis le feu aux poudres. Les deux journaux vaudois annoncent qu'«un des fleurons de la restauration lausannoise: le café-brasserie Saint-Francois», a fermé ses portes. Définitivement. Pouly SA, qui gérait les lieux, n’est plus en mesure d’exploiter une enseigne qui ne répond pas, financièrement parlant, à ses objectifs. Au numéro 5 d’une des plus prestigieuses places de la cité vaudoise, il représentait une institution des saveurs gourmandes depuis son ouverture en 1914 par Henri-Gustave Manuel, dont les chocolats excitent encore les mémoires des papilles des Lausannois.

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La presse retrace l’histoire de ce café qui a pris ses aises à Saint-François, gonflant comme un croissant au four. Une rénovation en 1985 par Daniel Manuel, le descendant, puis un rachat par le Beau-Rivage Palace en 1996 et un autre par le groupe genevois Pouly en 2003. Succès, puis essoufflement, comme beaucoup d’autres.

Il y a quelques années, il faisait encore bon flâner sur la place Saint-François. A l’abri de son église, la place piétonne couverte de pavés accueillait Manuel et Nyffenegger. Il y avait Manora de l’autre côté. Aujourd’hui, parmi les vieux de la vieille, le Café Romand est le seul à tenir encore bon.

«Coup de gueule»

Voilà ce que déplore Gilles Meystre, défenseur de la libre entreprise et du libéralisme économique en général, par ailleurs président de GastroVaud et conseiller communal PLR à Lausanne, qui avait déjà défendu dans Le Temps le choix gastronomique des CFF en faveur de la chaîne alémanique Tibits à la gare de Lausanne: économiquement implacable, il répond à une évolution de la demande, disait-il. A 8h45 le samedi 1er avril, il poste sur Facebook son «coup de gueule de la journée», tirant à vue sur «des loyers excessifs, dictés par des logiques purement financières (sans lien avec les réalités de la restauration)» et qui «ont hélas transformé cette place en désert de la soif et en no man’s land de la convivialité…». Pour l’heure: 223 «like», 47 commentaires et 23 partages. Le post fait des émules à l’échelle lausannoise:

Il y a ceux qui sollicitent directement le politicien et ses acolytes du législateur communal. Yann Kerloch demande la mobilisation de la Ville afin d'«émettre un règlement sur les types de commerces à privilégier sur les zones piétonnes». Toto Morand, du Parti de Rien, propriétaire des Pompes funèbres au Flon et ardent combattant de la préservation de son quartier, interroge l’instigateur du débat: «A quand une pression du PLR sur les milieux immobiliers? Là, je me sens un peu seul à dénoncer ce système qui sévit dans toute la Suisse.» Ce à quoi répond le PLR: «Quand le marché disjoncte, il faut effectivement le réguler! On peut être d’accord.» Quant à Leila Delarive de Be Curious TV, elle questionne la municipalité quant au vide qui habite la place le soir et les dimanches, la comparant au «désert de Gobi». Gilles Meystre promet alors: «Entièrement d’accord! J’entends bien intervenir au conseil communal à ce sujet!»

«Surtout pas de McDo!»

En marge du discours politique, les internautes s’inquiètent. Les offres commerciales sur la place vont-elles suivre l’exemple du voisin du défunt café qui n’est, ni plus ni moins, une des franchises de la chaîne américaine Starbucks servant des cafés si longs qu’on s’y noierait. Isabelle Desarzens s’attend au pire: «Attention à ce qui va le remplacer, surtout pas de McDo!»

Au fil du débat, Gilles Meystre lâche le montant du loyer et l’identité floue du propriétaire: «30 000 francs par mois, une boîte zurichoise, paraît-il. A vérifier toutefois.» Il propose au final une table ronde afin de redonner vie à cette place moribonde. Il annonce vouloir inviter GastroVaud, GastroLausanne, l’association Lausanne à Table et les commerçants de la place pour une grande discussion. En vrai, cette fois.

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