Editorial 

Le match Finma-MPC, ou les très opaques rivalités bernoises

Les relations entre les gardiens de la place financière suisse sont régies par une opacité inexplicable. Elle dessert la cause que tous deux défendent: la protection du pays contre les fonds douteux

Un bras de fer invisible oppose deux des institutions qui exercent le plus grand pouvoir sur les banques suisses. La Finma, c’est le gendarme bureaucratique, le régulateur qui doit détecter et prévenir les dérives financières. Le Ministère public de la Confédération (MPC), c’est le glaive judiciaire qui sanctionne après coup et se pose volontiers en chevalier blanc de la lutte antiblanchiment.

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Ces deux instances, différentes par leurs cultures et leurs moyens d’actions, rivalisent sur le même terrain sans forcément accorder leurs violons. C’est en soi un sujet sérieux. Mais le plus troublant est la façon dont l’administration fédérale s’efforce de l’occulter.

Officiellement, chacun coopère allègrement, sinon dans la joie et la bonne humeur, du moins dans le plus strict respect des prescriptions légales. Il faut arracher des confidences à de rares initiés, repérer de minces divergences de ton dans les communiqués des deux institutions pour comprendre que quelque chose cloche.

En 2017, l’opacité reste une marque de fabrique de l’administration fédérale. Surtout lorsque des questions de pouvoir dans des domaines sensibles sont en jeu.

Or, même à l’ère de l’après-secret bancaire, la surveillance et le pouvoir de sanction sur la place financière restent en Suisse parmi les questions les plus délicates qui soient. Et dans ce domaine, les défaillances ne manquent pas. Prenons l’affaire du fonds souverain 1MDB, cet incroyable scandale qui a vu des milliards de dollars siphonnés sous l’œil passif voire complice du premier ministre malaisien. Une grande partie de l’argent est passée par la Suisse, grâce aux négligences ou à la volonté délibérée de plusieurs banques. C’est un échec cinglant de la politique de prévention de la Finma, même si elle s’est depuis empressée de distribuer amendes et punitions aux établissements concernés.

Cette affaire explique en partie la frustration des procureurs du MPC, qui enquêtent sur ce dossier sans toujours savoir ce que font leurs homologues de la Finma. Depuis des années, le procureur général Michael Lauber plaide pour une meilleure coordination des autorités fédérales qui régissent la place financière. Il n’a pas assez été entendu. Ces questions restent sous la coupe d’aréopages obscurs, aux compétences mal définies, comme on les aime à Berne.

Bien sûr, il arrive que le MPC et la Finma travaillent ensemble avec succès. Mais personne ne sait comment, ni dans quels dossiers, car tous les détails sont secrets. Il existe aussi un accord de coopération (en vigueur depuis 2016 seulement) qui règle les rapports entre les deux. Lui aussi est secret, sans qu’une raison soit donnée pour cette opacité. Dans un domaine aussi crucial, et venant d’institutions aussi importantes, on est en droit d’attendre plus de transparence.

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