Revue de presse

L’insoluble problème de la Corée du Nord

Les analystes s’arrachent les cheveux pour trouver une parade aux basses œuvres de Kim Jong-un. Au final, ils semblent espérer que le régime de Pyongyang, pourri de l’intérieur, implose de lui-même

Le président des Etats-Unis, Donald Trump, estime donc que discuter avec la Corée du Nord n’est «pas la solution», laissant entendre par là qu’il faut abandonner la recherche d’un règlement diplomatique des problèmes avec Pyongyang. Cependant, ces déclarations semblent en forte contradiction avec la ligne de son administration, puisque le ministre de la Défense, Jim Mattis, juge, lui, que cette voie est toujours possible pour mettre fin aux tirs de missiles balistiques effectués par les militaires sous la coupe du régime de Kim Jong-un.

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Après un nouvel épisode ce mardi au-dessus du Japon, «croire en une issue négociée est absurde», pense aussi l’historien Jean-Louis Margolin, dans une tribune publiée dans Le Monde. Car de manière générale, «le programme nucléaire nord-coréen, poursuivi imperturbablement depuis au moins un quart de siècle, en dépit de multiples traités internationaux et accords diplomatiques spécifiques, s’est considérablement accéléré depuis l’arrivée de Kim Jong-un au pouvoir» en 2011, «en particulier sur le plan balistique».

Alors, pour le Tages-Anzeiger, il est «difficile» d’imaginer maintenant «comment réagirait le président américain si une pluie de missiles s’abattait sur le Japon ou bien si un avion de passagers, touché par un tir, venait à s’écraser. […] Pour l’instant, Pyongyang fait valoir son droit à l’autodéfense, que personne ne remet en question en soi. La maladive soif de reconnaissance de Kim Jong-un est semblable à celle de son rival. Mais contrairement à Trump, il prend des risques bien plus importants, […] ce qui rend cette crise susceptible de dégénérer de façon imprévisible.»

«Strictement rien de durable»

Dans ces conditions, poursuit la tribune du Monde, «on ne peut donner tort aux vives réactions de Donald Trump», aussi «ridicules et inefficaces que soient les gesticulations qui les ont accompagnées. […] Qu’ont donné les innombrables négociations? […] Strictement rien de durable. Il n’est même pas certain que le programme nucléaire en ait été retardé.» Et puis, on ne peut pas non plus espérer «un changement radical d’attitude de Pékin, qui continue imperturbablement d’appeler à la modération face à Pyongyang, et a jusqu’ici empêché les sanctions votées par l’ONU d’être vraiment effectives – la nouvelle condamnation votée le 30 août n’est d’ailleurs pas assortie de nouvelles mesures».

La Chine aurait en effet «beaucoup à perdre en une réunification de la Corée: à terme, la puissance de ce pays en serait accrue, et des revendications sur certains territoires chinois (en Mandchourie) liés à la Corée par l’histoire ou le peuplement pourraient s’en trouver relancées. […] Quant au traité de paix américano-nord-coréen, réclamé à cor et à cri par le régime des Kim, et présenté par certains analystes occidentaux comme la solution à la crise, il ne pourrait qu’entériner la fin des sanctions internationales sans pour autant que Pyongyang ne renonce à son armement nucléaire et, de manière encore plus inquiétante, il laisserait de côté une Corée du Sud que le Nord considère toujours comme une simple zone d’occupation américaine dotée d’un gouvernement fantoche.»

La perspective de millions de morts

On voit bien le dilemme. Reste «la solution militaire agitée par Trump». L’ex-conseiller Steve Bannon avait pourtant récemment «déclaré que, face à la perspective de millions de morts, il ne pouvait y avoir d’option militaire», rappelle le quotidien slovaque Sme, qu’a lu et traduit le site Eurotopics: «Il est possible que l’Occident ait épuisé son arsenal de sanctions, d’autant plus que la Corée du Nord continue d’exporter ses textiles vers la Chine et d’en importer, en contrepartie, du pétrole. La priorité pour Pékin, c’est de garantir la survie de la Corée du Nord et d’empêcher que des millions de réfugiés ne submergent ses frontières.»

«En l’absence de réaction internationale plus sérieuse, rien n’empêchera la Corée du Nord de devenir une véritable puissance atomique. Le pays semble être prêt à tout. […] Il ne nous reste qu’à attendre sa prochaine manœuvre.» Ou, comme le soutient le journal slovène Delo, «si Trump ne veut pas rester dans les mémoires comme un mauvais président, il doit se demander ce qu’il peut encore faire pour rendre véritablement «leur grandeur aux Etats-Unis». Il peut faire en sorte, par exemple, que la réflexion et la diplomatie prennent le pas sur le bellicisme.»

Pour «une médiocre et lâche prudence»

Ce, d’autant qu’on peut sérieusement se demander si une solution militaire est réaliste. Outre «les énormes coûts en tout genre qu’elle impliquerait, on n’en distingue» pas vraiment «les bénéfices à attendre». Dans Le Monde, Margolin prône donc «une médiocre et lâche prudence». On pourrait se contenter «d’interdire toute prolifération extérieure de l’arsenal nord-coréen» et compter sur «le temps qui défait toute chose», sachant que la caste politique au pouvoir à Pyongyang est pourrie de l’intérieur.

Mais pour Bernard Guetta sur France Inter, cet «avatar ubuesque et dynastique du communisme […] veut se survivre à lui-même et le fait est que, face à sa détermination, le monde est largement impuissant. En théorie, les Etats-Unis auraient tous les moyens d’aller détruire les installations nucléaires, […] mais la riposte nord-coréenne, même conventionnelle, infligerait immédiatement d’immenses pertes humaines à la Corée du Sud et détruirait des industries essentielles à l’économie mondiale.»

Et la Chine? «Seule alliée de Pyongyang, elle pourrait étrangler l’économie nord-coréenne, mais, au-delà de sanctions limitées, elle ne se décide pas à le faire car elle ne veut pas d’une Corée réunifiée qui lui ferait bientôt concurrence et placerait sans doute des troupes américaines à sa frontière. Si les Nord-Coréens se moquent de l’irritation chinoise comme de l’an 40, c’est qu’ils savent que Pékin n’aurait aucun intérêt à les affaiblir et c’est ainsi que le problème est à peu près insoluble.»

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