Revue de presse

Kim Jong-un est-il fou? Le monde ulcéré par sa bombe H

L’annonce, ce week-end, d’un nouvel essai nucléaire de Pyongyang, bien plus puissant que les cinq précédents, a provoqué des condamnations en cascade sur toute la planète. Le ton et les menaces montent contre le régime de Kim Jong-un

La Corée du Nord a procédé dimanche à un sixième essai nucléaire, le plus puissant à ce jour, très vite condamné par la communauté internationale. Le conseil de sécurité de l’ONU va se saisir de ce développement ce lundi après-midi.

Lundi matin, la Chine a annoncé avoir protesté officiellement auprès de la Corée du Nord. Pékin a fait part de «ses sévères remontrances auprès de la personne responsable de l'ambassade de la Corée du Nord en Chine», a déclaré aux journalistes Geng Shuang, porte-parole de la diplomatie chinoise.

Vous la reconnaissez? La chaîne d’info française LCI brosse le portrait de la dame ci-dessus. Il s’agit de Ri Chun-Hee, «véritable star en Corée du Nord. Cette speakerine présente les informations pour la télévision d’Etat depuis 1971, […] habillée d’un choson chogori rose, […] elle annonce fièrement le lancement d’une bombe H ce dimanche matin. L’essai est une «réussite parfaite», déclame-t-elle tout sourire. Il «prouve clairement» que le programme d’armement nord-coréen est fondé sur «de la haute précision». […] A chaque lancement de missiles, la chaîne KRT voit les choses en grand, et à chaque fois c’est Ri Chun-Hee qui a l’honneur d’annoncer ces «bonnes nouvelles.»

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Ce 3 septembre, le premier à réagir a été, naturellement, le président Trump. Et d’abord à titre personnel, sur Twitter, comme d’habitude. Le Washington Post relève ses trois messages dénonçant «un Etat voyou», représentant un réel danger pour les Etats-Unis malgré les efforts de la Chine qui «essaie d’aider», alors que les Coréens du Sud comprennent enfin que «l’apaisement ne marchera pas». Si le locataire de la Maison-Blanche ménage Pékin, il «tance vertement Séoul, un allié des Etats-Unis». La patience de Donald Trump est à bout.

Pas de quoi se rassurer

Plus généralement, il est vrai qu’il n’y a ici guère de quoi rassurer le citoyen lambda, où qu’il se trouve sur la surface de la planète. «Quand le monde a soulevé une paupière avec inquiétude dimanche matin, […] l’autre paupière s’est réveillée tout aussi inquiète en se demandant comment Trump allait réagir», estime Libération. «Car le président américain, par son incompétence crasse et ses jugements à l’emporte-pièce, se retrouve aujourd’hui dans la même position que Kim: il est le fou de l’histoire, le doigt sur le bouton rouge, qui promet la rage et le feu à son adversaire.» Alors, questions inquiètes: «Que se passe-t-il quand il y a deux fous dans la pièce? Ou deux faux-fous?»

Courrier international écrit pour sa part qu'«au Japon, le premier ministre, Shinzo Abe, a réitéré ses protestations», affirmant que le «programme nucléaire et de missiles nord-coréens pose désormais une menace plus sérieuse et imminente pour la sécurité du pays», selon le quotidien Asahi Shimbun, à Tokyo. D’ailleurs, «on pensait la tension à son maximum», comme l’estime Le Monde, mais «elle est encore montée» en puissance. Washington a notamment «fait savoir que les Etats-Unis étaient prêts à utiliser leurs capacités nucléaires au cas où la Pyongyang continuerait à les menacer ou à menacer leurs alliés».

En Corée du Sud, le président Moon Jae-in a aussi convoqué une réunion du Conseil de sécurité du pays, «alors qu’à Séoul l’inquiétude est montée d’un cran», constate un reporter du Korea Times. Et, une fois n’est pas coutume, Pékin et Moscou ont également réagi avec vigueur, signe que le monde entier commence à se fatiguer du jeu dangereux de Pyongyang. La Chine affirme sa «forte opposition et sa condamnation de ce nouvel essai nucléaire effectué en dépit de la désapprobation internationale».

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Selon un expert chinois, Pyongyang accélère «sans doute ses essais pour anticiper l’arrêt possible de la fourniture de pétrole, le but étant d’augmenter la menace nucléaire, car la quatrième phase de miniaturisation a été accomplie lors de son quatrième essai», précise l’agence officielle Xinhua. Pour la Russie, «il s’agit d’une nouvelle manifestation du mépris de Pyongyang pour les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et les normes du droit international». Mais le journal en ligne pro-Kremlin Vzgliadmet met en garde ceux qui se sont réjoui que les Nord-Coréens aient «damé le pion aux Américains et aux Occidentaux», car Kim représente «aussi une véritable menace pour la Russie».


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Mais représenter la dynastie des Kim comme des «dégénérés, paranoïaques et excentriques a au moins deux vertus», selon Libé. Elle «fait passer les puissances nucléaires officielles pour les membres d’un respectable club de joueurs de bridge». Certes, «on préfère quand même que les clés des ogives soient entre les mains de chefs d’Etat soumis à des contre-pouvoirs plutôt qu’entre celles d’un […] irrationnel dont on ne sait pas grand-chose et dont le régime impose une ubuesque dictature à son peuple».

Et s’il y avait une logique?

D’où cette hypothèse, qui dérange la moindre: et si «le leader nord-coréen était mu par une imparable logique? Il faudrait alors voir ses «provocations» et sa propagande loufoque comme des moyens de maintenir son régime à flot. Les destins, fatals, de Saddam Hussein, qui ne possédait pas d’armes de destruction massive, et de Kadhafi, qui y avait renoncé, ne sont pas là pour rassurer le chef suprême nord-coréen. De son point de vue, il semble qu’il vaut mieux avoir VRAIMENT la bombe et passer pour celui qui n’hésitera pas à s’en servir, quitte à passer pour le fou de service».

Pour Le Point, cela ne fait d’ailleurs pas un pli: «Non, Kim Jong-un n’est pas «fou». Le «leader suprême» nord-coréen joue avec le feu avec culot. Mais il n’est pas irrationnel, contrairement à ce qu’affirment des faucons à Washington, jusqu’au sénateur John McCain. Le jeune «Maréchal» garde le cap face à son adversaire Donald Trump, dont la stratégie, elle, paraît des plus hésitantes […]. Kim dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit, même s’il est impossible de vérifier avec certitude la véracité des progrès proclamés par la propagande.»

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