Opinion

2019: entre désinformation et élections européennes

OPINION. Même si nous ne sommes pas appelés à voter pour les élections européennes, notre comportement en ligne peut participer à réduire l’influence des campagnes de désinformation à venir, explique Jérôme Duberry, enseignant chercheur à l’Université de Genève

2019 fait suite à une année cauchemardesque pour Facebook, qui a mis en lumière la face sombre du géant technologique de la Silicon Valley. Cette année, c’est aussi une année cruciale pour le continent européen, car année d’élection du Parlement européen, dans un contexte de grande incertitude et de défiance croissante envers les institutions politiques. Même si la Suisse n’a pas le projet d’adhérer à l’Union, cette dernière n’en reste pas moins notre premier partenaire, du fait de nos valeurs et histoire communes, et de nos échanges commerciaux. Ces prochaines élections nous concernent donc au premier point, au-delà des discussions sur le projet d’un accord-cadre.

Décisions et émotions

Si certains défis ne sont pas nouveaux, d’autres sont inédits, et en particulier dans leur ampleur. Il s’agit des technologies numériques, qui ont totalement transformé les conditions d’accès à l’information pour le citoyen, permettant aux démocraties européennes d’être à la fois plus fortes et plus vulnérables. En effet, si d’une part chacun a largement gagné en autonomie, les campagnes de désinformation ont d’autre part, et pour la même raison, gagné en puissance. Il s’agit des deux faces d’une même pièce de monnaie: en remplaçant l’intermédiation des médias traditionnels tels que la presse, la radio ou la télévision, les technologies numériques, et en particulier les réseaux sociaux, ont donné un accès sans précédent à l’attention et à la sphère privée des citoyens. A cela, il faut ajouter la généralisation des smartphones, véritables ordinateurs portables, qui nous accompagnent à chaque instant et en tout lieu, du lever au coucher, et du travail au domicile.

Ces nouvelles plateformes sont devenues le terrain de jeu idéal pour les campagnes de désinformation

Les fausses nouvelles ont toujours existé. Mais ce sont aujourd’hui à la fois la vitesse de la transmission de l’information, et l’échelle géographique de la distribution de ces informations qui ont changé. Il est en effet devenu très aisé de connaître, avec une grande précision, certains attributs de la personnalité des citoyens, grâce à la collecte et l’analyse de nos données personnelles. De surcroît, il est tout aussi aisé de les micro-cibler, c’est-à-dire de choisir le type d’information sur mesure (sur le fond comme sur la forme) qui aura le plus de chance de déclencher une décision (choix d’un candidat ou refus d’une proposition de votation) ou un comportement (aller voter ou non). Sachant que nos décisions sont influencées par nos émotions, et que les réseaux sociaux véhiculent largement des informations sensationnalistes, il est donc évident que ces nouvelles plateformes sont devenues le terrain de jeu idéal pour les campagnes de désinformation. Les récents rapports du Sénat américain sur la désinformation de décembre 2018 le mettent en évidence.

Partage des nouvelles vérifiées

C’est donc dans ce contexte inédit que vont se tenir les prochaines élections européennes. Les technologies numériques, qui d’une part offrent des potentiels immenses en termes d’accès à l’information et d’engagement citoyen, sont également devenues des lieux privilégiés de campagnes de désinformation d’une toute nouvelle ampleur, et qui remettent en question les stratégies traditionnelles de communication politique. Que faire? Même si nous ne sommes pas appelés à voter pour les élections européennes, notre comportement en ligne peut participer à réduire l’influence des campagnes de désinformation à venir, notamment en nous gardant bien de partager des nouvelles sans les vérifier par exemple. Il s’agit donc ici d’un appel à développer une pratique individuelle plus nuancée des réseaux sociaux et de l’information qui y circule. Vigilance, esprit critique et multiplication des sources d’information nous permettront, aussi bien au niveau national que régional, de faire des choix informés, basés sur des informations vérifiées.

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