A peine dix jours après le début de son mandat de président de la Confédération, Ueli Maurer donne le ton: il déclare à Vienne que jamais la Suisse ne sera compatible avec l’Europe. Et il fait ainsi passer pour composante suisse le rejet viscéral de l’UDC à l’égard de l’Europe. Réaction? Aucune. Pas davantage de réactions, un peu plus tard, en janvier, lorsque, à l’occasion du WEF, il rencontre le président brésilien, Jair Bolsonaro, raciste et homophobe notoire, qu’il qualifie d’honorable représentant élu de son pays, qu’il ne nous appartient pas de critiquer. Interrogé sur sa conversation avec le ministre saoudien des Finances, Maurer déclare à Davos que le cas du journaliste Khashoggi brutalement assassiné est «réglé depuis longtemps». Problème résolu donc…

Les valeurs de l’UDC

En avril, Ueli Maurer rend hommage à l’autocrate chinois Xi, alors que le monde vient d’apprendre que la Chine emprisonne des centaines de milliers d’Ouïgours dans des camps de concentration. En mai, c’est le tour de Trump: la visite du président de la Confédération à son homologue américain, pour le moins peu embarrassé par le cadre constitutionnel, prend des allures de manœuvre précipitée, brouillonne, qui laisse un goût amer. En octobre, Ueli Maurer s’affiche avec le prince héritier saoudien Salmane, dont le rôle dans l’assassinat du journaliste Khashoggi semble se préciser. En novembre, enfin, c’est le grand maître de la manipulation numérique, le vainqueur de Crimée, le Russe Vladimir Poutine, qui a l’honneur d’une visite officielle de la Suisse. Et l’année n’est pas encore terminée…

Un président de la Confédération donne le ton dans son rôle de représentant suprême de la Suisse. Or, le message affiché par Ueli Maurer a été trop souvent: «Salut les autocrates!»

Il est bien sûr normal qu’un ministre des Finances se préoccupe de questions économiques au niveau international. L’invitation à participer au sommet du G20 a été probablement une suite des contacts là-bas. Il est également incontestable qu’un président de la Confédération ne peut pas se contenter de serrer des mains propres. Et, bien sûr, Ueli Maurer a rencontré d’autres personnalités durant son année de présidence. Néanmoins, un président de la Confédération donne le ton dans son rôle de représentant suprême de la Suisse. C’est son rôle et son devoir. Or, le message affiché par Ueli Maurer a été trop souvent: «Salut les autocrates!», «Why human rights?» et «Never to the EU»! Ce faisant, il a peut-être représenté les valeurs de l’UDC, mais certainement pas celles d’une Suisse démocratique et humanitaire.

La voix claire d’un pays libre

Alors, la question se pose, qui d’autre défend ces valeurs? Que dit le ministre des Affaires étrangères des voyages d’Ueli Maurer? Que pense le Conseil fédéral de ces escapades présidentielles? Quelle est en fait la position du gouvernement à l’égard de l’Union européenne? Que dire des interminables tergiversations concernant l’accord-cadre? Attend-on simplement que quelqu’un fasse enfin quelque chose à ce sujet?

Des questions et encore des questions à la fin d’une année difficile, marquée par des violations des droits de l’homme partout dans le monde, par des problèmes environnementaux, alors que des négationnistes du changement climatique ont pignon sur rue, une année où la voix claire d’un pays libre, démocratique et humanitaire aurait été plus nécessaire que jamais…

Lire aussi: Ueli Maurer décrit «une Suisse en pleine santé et une UE qui se délite»  


Le Club helvétique est un groupe d’une trentaine de personnes (telles que Gilles Petitpierre, Christine Beerli, Hildegard Fässler ou Cécile Bühlmann) issues du monde politique, universitaire, associatif, des milieux de l’économie ou des médias, qui s’engagent pour une Suisse ouverte sur le monde, une Suisse qui reste fidèle à sa structure libérale, à l’Etat de droit et à une culture politique fondée sur le consensus. www.clubhelvetique.ch