Certains ont cru à la fable. La pandémie allait tuer le capitalisme. Enfin, nous allions assister à une prise de conscience générale qui pousserait la population à mettre fin à cette grande frustration: comment trouver un sens commun en additionnant les égoïsmes de chacun?

C’est raté pour ceux qui rêvaient du Grand Soir. Quand l’heure du déconfinement a sonné, le premier temple vers lequel s’est tournée une bonne partie de la population enfin libérée n’était autre que le McDrive. Il faut dire que notre bonne conscience avait déjà souffert pendant le lockdown avec le grand retour de celui que l’on croyait mort: le gadget électronique.

Des machines à coudre aux sex-toys

Remettons-nous dans le contexte. Jusqu’au mois de mars, un Kubrick d’aujourd’hui aurait pu réaliser une sublime ellipse dans une version revisitée de 2001, l’Odyssée de l’espace en passant directement de l’outil préhistorique au dernier iPhone. Cet écran occupait jusque-là nos vies dans toutes ses dimensions, au point d’avoir acquis le statut d’outil unique.

Mais avec le confinement, il a dû subitement laisser la place dans nos centres d’intérêt de 2020 à une foule de bidules, vite achetés, et qui finiront vite oubliés au fond d’un tiroir ou d’un placard. Alors que les ventes de smartphones se sont écroulées au printemps, les pistolets de prise de température, les sex-toys, les ustensiles de rasage, l’indispensable robot ménager qui vous fera oublier un temps poêles et casseroles, la machine à pain si vous aviez raté le trend d’il y a des années, le mini-projecteur: tout est passé dans nos paniers numériques. Ne soyons pas totalement négatifs: nous n’avons jamais autant lu (ou au moins acheté de livres) et les ventes de machines à coudre ont dépassé toutes les espérances. Signe d’un retour à une envie de créer et de moins dépendre de la fast fashion?

Le retour des gagdets

Soyons clairs: il n’y a pas pire symbole que le gadget fabriqué dans un sweat shop d’Asie aux conditions sociales déplorables. La babiole insulte l’écologie de toute sa condition de machin en mauvais plastoc, avec sa chaîne logistique longue de dizaines de milliers de kilomètres pour une durée de vie n’excédant pas quelques semaines. Mais ça, c’était notre état d’esprit avant la pandémie.

Depuis le printemps, l’équilibre s’est quelque peu rétabli. Comprenez, les ventes de smartphones ont repris au troisième trimestre. Mais au moment où la situation sanitaire se tend de nouveau et que les Fêtes approchent, les gadgets pourraient confirmer une bonne fois pour toutes leur grand retour. Le public friand de nostalgie a aimé vivre au printemps cette réminiscence des années 1990 associée à l’efficacité des sites de ventes en ligne de 2020. Il va célébrer le phénomène à Noël. Et il faudra être très lucide pour décider d’ici à quelques semaines qui sont les plus irresponsables: nous, les consommateurs, ou les entreprises?

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.