Du temps où j’étais étudiante, ma petite section de géographie avait produit une théorie promotionnelle imparable: la géographie, disions-nous, est le fondement des comportements humains. Pas de sociologie, d’histoire ou d’économie qui ne soient conditionnées par la position géographique des territoires. Bien que péremptoire, le propos ne m’a jamais quittée. Je l’ai revisité à plaisir tout au long de cette année: l’espace est bien au commencement de l’action.

En janvier et février, l’espace mondial nous est apparu sous sa réalité dangereuse du fait d’un virus sans identité. Nous nous sommes aussitôt précipités dans nos tanières nationales, 193 Etats enserrés dans des frontières légales, que nous avons fermées. La planète Terre que nous regardions comme un bien commun était assaillie d’un mal commun sans aucune instance déléguée à sa défense. L’Organisation mondiale de la santé (OMS), cénacle savant dépourvu de pouvoir ou d’armée, s’est révélée utile par ses avis mais impuissante dans la conduite de l’action, les rivalités nationales prenant le pas sur l’effort collectif. La perception de l’espace monde est trop récente par rapport à celle, millénaire, des espaces régionaux pour avoir acquis les moyens d’une politique à son niveau. Il est toutefois intéressant de noter qu’en exposant dramatiquement le manque, la pandémie a fait progresser cette perception: il est désormais question d’une OMS plus coopérative, au sein de laquelle «les souverainetés nationales deviendront plus intelligentes (smart)», c’est-à-dire conscientes des catastrophes où les mènerait leur absolutisme.