Ce refrain, les familiers du dossier bilatéral Suisse-UE le connaissent par cœur. Or il commence déjà à émerger à Berne. «Impossible de faire redémarrer des négociations avec l’Union européenne en 2022. Le réalisme politique exige d’attendre les élections fédérales d’octobre 2023», entend-on déjà murmurer du côté du Département fédéral des affaires étrangères, où certains se réjouissent même du report du rendez-vous envisagé au Forum de Davos – qui n’aura pas lieu fin janvier pour cause de variant Omicron – entre le nouveau président de la Confédération, Ignazio Cassis, et son interlocuteur, le vice-président de la Commission, Maros Sefcovic.

Exigence démocratique

Ce refrain est celui de l’attentisme drapé dans l’exigence démocratique. Il a toujours été servi à Bruxelles par la diplomatie suisse lorsque la relation bilatérale s’est mise à patiner, et à exiger plus qu’une gestion pragmatique de notre accès au marché intérieur européen. Or croire, à la veille de 2022, qu’il peut encore faire illusion est une redoutable erreur. Dans l’entretien qu’il nous a accordé, l’ambassadeur de France à Berne, dont le pays assurera la présidence tournante de l’UE à partir du 1er janvier, le redit avec fermeté: «copropriétaires» du marché unique, les Vingt-Sept en ont assez des manœuvres dilatoires. Puisque la Suisse a rejeté unilatéralement le projet d’accord-cadre, c’est à elle de formuler des propositions. Faute de quoi, le climat se détériorera.

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Courage et intelligence politique

L’année 2022 doit donc être, pour le Conseil fédéral, celle de la responsabilité sur ce dossier absolument prioritaire. Des experts ont proposé des solutions juridiques, comme l’a récemment révélé Le Temps. Tant mieux. Mais ce qui est maintenant requis, quelles que soient les options choisies, c’est du courage et de l’intelligence politique. Le Conseil national, en refusant le 1er décembre d’accorder 1 milliard de francs supplémentaire pour l’UE à titre de l’aide à la cohésion, l’a d’ailleurs signifié clairement: mettre plus d’argent sur la table dans l’espoir de raccrocher les wagons européens en matière de recherche ne peut être la solution. La question est dès lors simple: ceux qui manqueront de courage, sur le sujet européen, continueront de prendre en otage les universités, les étudiants, les chercheurs, l’économie et les entreprises. Donc notre avenir.