Revue de presse

Le 25 juillet 1985, l’acteur Rock Hudson révélait qu’il était malade du sida

Chaque jour de l’été, «Le Temps» se plonge dans ses archives pour évoquer un événement historique marquant. Il y a trente-deux ans, une célébrité levait le tabou du syndrome d’immunodéficience acquise. Un tournant dans l’épidémie

Le 25 juillet 1985, l’acteur américain Rock Hudson est une des premières vedettes à déclarer publiquement être atteinte du sida, ce qui attire une grande attention sur le fléau. Il faut dire qu’il y a trente-deux ans de cela, «la maladie des homos et des drogués» était encore un énorme tabou. Aussi la Gazette de Lausanne relève-t-elle avec justesse le 7 août, deux mois avant la mort de l’acteur le 2 octobre, que «le SIDA» – qu’on écrivait encore en lettres capitales – «est devenu un problème mondial de santé. Les médecins estiment que l’on n’en parle pas assez dans les médias […]. Mais maintenant que Rock Hudson en est atteint, les informations se multiplient.»

Le journal cite d’ailleurs un «responsable d’un centre d’information sur le SIDA, à New York», qui s’était exprimé ainsi: «Sur le plan des relations publiques, nous avions désespérément besoin qu’un Rock Hudson eût cette maladie.» L’auteur de cette chronique santé de la Gazette parle même d'«effet Hudson plutôt positif, puisque le gouvernement USA vient d’octroyer 45,7 millions de dollars supplémentaires pour la recherche et la prévention du SIDA».

Du coup, dit encore cet article déjà très bien informé de Léo Léderrey au moment où l’on en savait encore peu sur la nouvelle maladie, «la télévision américaine, les journaux et aussi les médecins n’en ont jamais fait autant, depuis les premières apparitions de ce fléau, en 1979. C’est ainsi que l’on commente un peu partout l’étiologie de ce mal ou les causes de cette maladie; que l’on tente d’en situer l’origine géographique; que l’on décrit ses symptômes, les précautions à prendre pour s’en garder, les moyens de lutte et de traitement…»

Reagan à la «rescousse»

A l’époque, il fallait aussi qu’«on sache que ce rétrovirus de malheur» n’avait pas «que des homosexuels pour cible». Des rumeurs sur l’orientation sexuelle de Rock Hudson avaient «bien circulé dans la presse», mais «le président Reagan en personne a tenu à prendre de nouvelles de son ami hospitalisé à Paris, en lui téléphonant». Voilà qui a «redonné une certaine respectabilité à la maladie».

Terrible… Mais en 1985, le rédacteur dit déjà que le sida fait «malheureusement ressurgir le souvenir d’un temps où les relations homosexuelles étaient considérées comme un tabou». Dans ce contexte, la maladie suscite «à la fois beaucoup d’indifférence et de répulsion du fait qu’elle touche surtout les milieux souterrains. Des patients américains ont raconté le désespoir qu’ils avaient connu face à l’attitude négative de certains soignants dans les hôpitaux.»

«De là à rendre la victime responsable de sa maladie, conclut Léo Léderrey, il n’y a qu’un pas. On oublie l’aspect simplement contagieux de ce mal pour n’y voir que vice et déchéance.»


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