Qu’on se le dise d’emblée: les rentes du 2e pilier ne sont pas en danger. Malgré la plus forte récession des 80 dernières années, les instituts de prévoyance sont en bonne santé. Et même si l’économie ne repart pas ces prochains mois. La qualité de nos caisses de pension ne les fera pas tanguer.

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Leur santé se lit à travers le taux de couverture. La quasi-totalité des caisses de pension (98,4% dans le secteur privé) ont une fortune qui permettrait de verser tous leurs engagements à la fois. Cela signifie que leur taux de couverture est de plus de 100%. Il est actuellement à 111,1%, selon les calculs de Swisscanto publiés vendredi. Lors de la crise financière de 2008, ce taux de référence avait plongé à 96,7%. Cette fois, les marchés financiers ont très bien tenu, mieux que l’économie. Les caisses de pension ont perdu moins de 1% sur leurs placements depuis le début de l’année.

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Baisse des nouvelles rentes

Pourtant, la première préoccupation des Suisses, jeunes ou moins jeunes, reste la prévoyance, devant la santé, les étrangers et le climat, selon le baromètre de Credit Suisse. La situation paraît schizophrénique. Les caisses de pension vont bien, mais les assurés dépriment.

L’inquiétude est justifiée. Les personnes qui prennent leur retraite aujourd’hui reçoivent un revenu d’un cinquième plus bas qu’il y a dix ans. Et les perspectives n’ont aucune raison de s’améliorer tant que les taux d’intérêt ne repartent pas à la hausse. Ce qui ne devrait pas être à l’ordre du jour ces trois prochaines années.

L’incertitude se nourrit aussi de la situation de l’emploi en cette fin d’année et des conséquences économiques des quarantaines. Les nouvelles restrictions qui pèsent sur le sport, la culture et les divertissements, qui s’ajoutent aux limitations de mobilité, aggravent les risques de licenciements et de retraites anticipées non volontaires.

L’incapacité du monde politique à définir et mettre en route une réforme de la prévoyance n’arrange rien. La dernière réforme de l’AVS date de vingt-trois ans et celle du 2e pilier de quinze ans. Entre des experts qui exigent une baisse du taux de conversion à tout prix, des politiciens qui n’arrivent plus à s’entendre et des assurés qui font leurs comptes, la solution consiste à investir non seulement à travers ses cotisations au 2e pilier, mais aussi, de plus en plus, dans un troisième.

La responsabilité individuelle, celle qui a toujours réussi à la Suisse, est sans doute l’approche la plus sûre à long terme. S’informer sur sa propre situation, comprendre les mécanismes et s’adapter. Ce sont des mesures d’hygiène financière absolument essentielles.