Revue de presse

Le 3 août 1954, Colette la sulfureuse s’envole

Chaque jour de l’été, «Le Temps» se plonge dans ses archives pour évoquer un événement historique marquant. Aujourd’hui, la mort d’une des écrivaines françaises les plus attachantes du XXe siècle

Elle avait du génie, «celle qui d’un prénom s’était fait le plus illustre des noms». Colette est morte il y a soixante-trois ans, le 3 août 1954. Aussi Eugène Fabre, au lendemain de sa disparition, l’annonce-t-il avec lyrisme dans le Journal de Genève: «L’écrivain qui a donné à la prose française de ce siècle quelques chefs-d’œuvre et façonné, avec un art où fémininement l’instinct et l’intelligence s’accordaient, le langage français pour qu’il fasse entendre une incomparable musique, a quitté hier soir, à l’âge de 81 ans, ce monde des apparences dont elle avait pénétré irrésistiblement ce qu’il avait de réalité sensible.»

«Une force de la nature»

Mais encore: «Avec elle, c’est véritablement une force la nature qui était entrée dans la vie littéraire», écrit le Journal. Une puissante dont «on sait ce que fut sa rencontre avec Willy et comment cet homme à qui le goût ne manquait pas mais dont l’âme avait pactisé avec toutes les lâchetés de ce qu’on appelait la vie parisienne, lui infligea comme un pensum d’écrire […] l’histoire de son enfance et de sa jeunesse». Ce furent les quatre Claudine

Mais «que peut-on retenir de plus frappant» dans cette carrière littéraire, se demande pour sa part le même jour la Gazette de Lausanne, à propos de celle qui écrivit abondamment, «tout en menant une vie agitée dans le Paris de 1900 et d’après»? La formule ne dit guère la réputation sulfureuse qui conduisit au refus par l’Eglise catholique d’un enterrement religieux… Mais la réponse de la Gazette est: des «œuvres insolites, souvent très belles, qui ont leurs adeptes fidèles, et dont certains vestiges resteront au-delà de notre époque, malgré et peut-être en raison même de la finesse parfois un peu anachronique, de la sensibilité aujourd’hui si rare et si précieuse de certains écrits».

Ces écrits, ce sont L’Ingénue Libertine, «peinture d’une psychologie féminine de toujours»; Le Blé en herbe, «étrange roman de l’adolescence»; ou encore L’Enfant et les Sortilèges, «ces pièces de théâtre encore jouées avec succès comme Chéri» et ses «descriptions animalières». Assez pour dire qu’«un grand écrivain vient de disparaître, c’est là la seule chose tragique qui peut frapper aujourd’hui. Les bilans viendront plus tard.» C’était «Madame Colette», disent les titres des deux articles, confirmant que s’était épanoui en littérature le nom de famille de Sidonie-Gabrielle.


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