Tout le monde s'accorde à reconnaître le bien-fondé de l'initiative «Rues pour tous». L'abaissement de la vitesse peut sauver de nombreuses vies humaines. Les opinions diffèrent cependant sur les modalités. Le premier volet de l'initiative concernant l'introduction du 30 km/h dans les quartiers d'habitation n'est pas contesté. Ce n'est pas le cas pour l'instauration du 30 km/h sur les tronçons dangereux des routes importantes et celles où les normes de bruit sont dépassées.

En ce qui concerne le bruit, l'ordonnance fédérale contre le bruit (OPB) impose aux cantons et aux communes d'assainir la situation. Les coûts sont estimés en centaines de millions, 150 pour la seule ville de Genève, par exemple. Il faudra donc agir, initiative de l'ATE ou pas.

Plus important, l'insécurité sur le réseau principal. C'est en effet sur les routes collectrices de quartier que se déroule la vie de tous les jours: déplacements pour se rendre à l'école, dans les commerces ou à La Poste. C'est là aussi qu'ont lieu les accidents graves. Les exceptions à 50 km/h resteront toutefois possibles sur les axes qui s'y prêtent.

Le coût de la mise en place de l'initiative «Rues pour tous» est-il disproportionné? Les estimations vont de un à deux milliards de francs, selon les chiffres avancés par l'ATE ou par le Conseil fédéral. Pour les petits cantons, cela signifierait des dépenses allant de 10 à 20 millions, (60 à 120 pour les grands cantons). C'est à la fois peu et beaucoup. Répartis entre les 3000 communes, les 26 cantons et demi-cantons et la Confédération qui subventionne à raison de 50% les aménagements anti-bruit, le montant devient alors plus réaliste.

Les dépenses annuelles pour les routes sont de l'ordre de six milliards de francs, dont plus de la moitié pour les routes cantonales et communales. A ce chiffre, il faut encore ajouter les coûts externes (accidents, pollution) estimés par l'Office fédéral des routes à 3,5 milliards de francs.

De plus, toutes les mesures prises dans le cadre de «Rues pour tous» réduiront la facture de la mise en conformité obligatoire avec le plan de lutte contre le bruit routier. Bonus additionnel, l'acceptation de l'initiative permettra de réduire la pollution (de 15 à 40% selon les polluants, suivant une étude du TCS), de diminuer le bruit de façon significative et d'améliorer le cadre de vie dans les quartiers.

Le Conseil fédéral, qui partage globalement les objectifs de l'ATE, pense que l'on peut y arriver par la simplification des procédures et la politique des petits pas. Dix ans, vingt ans pour modérer les seuls quartiers d'habitation? Cela veut dire accepter chaque année la mort d'une centaine de personnes et 6500 blessés dans nos villes et villages.

En 1999, 210 personnes étaient tuées dans les localités de Suisse et 17500 autres blessées. L'institut Prognos de Bâle démontre que le 30 km/h accompagné de mesures constructives, ce que soutient l'ATE, sauverait la vie d'environ 120 personnes et épargnerait 6500 blessés annuellement.

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