Revue de presse

Le 4 août 1958, le sous-marin «Nautilus» traverse le pôle Nord sous la banquise

Chaque jour de l’été, «Le Temps» se plonge dans ses archives pour évoquer un événement historique marquant. Il y cinquante-neuf ans, les Américains damaient le pion aux Soviétiques en ouvrant une nouvelle voie maritime

Le sous-marin à propulsion nucléaire américain USS Nautilus, un engin d’attaque militaire, franchit le pôle Nord en passant sous la banquise, il y a exactement cinquante-neuf ans ce vendredi. Guerre froide oblige, la Gazette de Lausanne du 9 août 1958 précise que «ce voyage» avait été «préparé dans le plus grand secret» depuis huit mois. Quoi qu’il en soit, c’est un «exploit […], unique dans l’histoire de l’arme sous-marine, et la marine en général», dit-elle.

Le commandant, William Anderson, précise «que 97% du trajet entre Pearl Harbor (Hawaii) et l’Islande, soit 8800 milles marins [près de 16 300 km], a été effectué en état d’immersion en grande profondeur» et a permis de réduire d’un peu moins de la moitié la distance «normale» entre ces deux points du globe. «Les 1830 milles que le Nautilus a parcourus en quatre jours sous une couche de glace mouvante (3 m 05 à 4 m d’épaisseur) ont été franchis en utilisant une vallée sous-marine»:

«Pendant tout le trajet sous les glaces», l’équipage du Nautilus a pu voir «défiler au-dessus du sous-marin comme des nuages» – les glaces mouvantes du pôle – «à l’aide d’un périscope spécial et d’un dispositif de télévision directe». Détail important: Anderson se dit «convaincu que son bâtiment n’a pas été repéré […] par les stations soviétiques établies dans les parages».

L’ouverture d’une nouvelle voie maritime n’est pas anodine, puisque Bernard Béguin, le rédacteur en chef du Journal de Genève, dans son éditorial du 11 août, fait remarquer de son côté que «la signification militaire de cette croisière est exceptionnelle», en ajoutant «un élément de mobilité considérable aux moyens dont l’Amérique dispose pour décourager l’agression». Car «jusqu’ici, l’imagination du public […] est restée fixée sur les fusées intercontinentales. C’est une erreur. L’image d’une guerre presse-bouton, dans laquelle tous les objectifs, quelle que soit leur distance, sont anéantis en un quart d’heure, est un excellent thème de science-fiction.»

D’ailleurs, «la publicité donnée par la Maison-Blanche» à cet exploit «est de bonne guerre», écrit encore Béguin. Contre les Soviétiques qui, eux non plus, «n’ont pas l’habitude de tenir sous le boisseau les succès de leurs techniciens»: «C’est un moyen de chantage politique», et ils ne «se font pas faute de l’entretenir». Avec les missions Spoutnik, par exemple, qui «ont créé en Occident des complexes d’infériorité qui étaient loin d’être entièrement justifiés».


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