Conférence de conciliation

40% d’élues, chiche?

OPINION. 40% de candidates aux élections fédérales, c’est un record. Mais combien d’entre elles rejoindront effectivement les travées parlementaires? Si la marée violette du 14 juin dernier se déplace au bureau de vote, peut-être bien plus que ce que les partis politiques ont imaginé, pense notre chroniqueuse

Ces élections battent tous les records. D’abord parce que jamais autant de personnes n’ont voulu intégrer la Chambre basse. A croire que la politique n’a pas perdu de son lustre, à l’heure où les jeunes battent le pavé. Record aussi parce que le masculin universel de «candidat» est toujours plus contesté: 40% d’aspirantes. Pour ne pas jouer les rabat-joie, je suis allée acheter le champagne. Mais je l’ai mis au frais; j’attends dimanche.

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Car la candidate ne fait pas l’élue. Quand on est dans un parti politique, on le sait d’expérience. Il y a les candidats phares des listes principales et il y a les porteurs d’eau. On les affuble d’étiquettes plus valorisantes comme «réseauteurs» ou «mobilisateurs», mais le résultat est le même. En général, si l’on n’est pas en haut de la liste, on n’a accès ni aux débats ni aux médias. Ainsi, les femmes de tous les partis politiques, à l’exception des Verts et du PBD, sont moins représentées dans les médias qu’elles ne le sont sur les listes. Autrement dit, plus de femmes, mais pas beaucoup plus de visibilité. Porteurs d’eau se décline aussi bien au féminin.

Puis, en regardant le détail, j’ai hésité à ranger mon champagne au fond d’une cave. Le plus grand parti de Suisse, qui est celui qui fournit le plus d’élus, ne présente qu’un quart de femmes. On a beau titrer «Les femmes en force», si l’UDC et le PLR continuent de préférer le modèle complet cravate bleu foncé, les femmes seront en force dans le camp des déçues. D’ailleurs, si l’on maintient le rythme des quinze dernières années en matière de représentation dans le Conseil national, on chatouillera la parité en 2050.

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J’ose ici laisser paraître mon impatience, et tant pis pour ceux qui la mettront sur le compte de mes jeunes années. «On ne peut pas tout avoir: trois enfants, un mandat dans un conseil d’administration et une carrière politique», affirmait dernièrement notre conseillère fédérale Karin Keller-Sutter. Il est vrai que la proportion de personnes qui décident d’avoir trois enfants est basse. En revanche, les élus qui conjuguent à l’envi carrière politique avec famille et conseil d’administration, pas tant que ça. Le masculin n’est pas universel, ici. Mais je suis trop jeune pour être aigrie et mon champagne est prêt. A dimanche.


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