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Rationnellement, nous savons qu’il faut se préparer à vieillir, mais notre époque ment et ce mensonge est si agréable aux oreilles qu’il est pris pour une vérité, d’autant qu’il est répété à satiété.
© Giuseppe Aresu / AP PHOTO

Chronique

50 ans: deuil ou maturation?

L’article de Marie-Pierre Genecand paru la semaine dernière, concernant les femmes de 50 ans, a suscité de nombreuses réactions, ce qui prouve qu’il touchait un point sensible. Notre chroniqueuse Marie-Hélène Miauton y répond à sa façon…

Chère Elodie, votre histoire, racontée par Marie-Pierre Genecand dans «Le Temps» du 21 mars (premier jour du printemps, quelle douche froide!) ne peut que susciter la compassion de vos consœurs. Vous avez mal vécu plusieurs années de votre vie, autour de la cinquantaine, alors que notre existence est si courte qu’il faudrait pouvoir en savourer tous les âges. Vous avez compris brusquement que votre corps vieillissait et que votre séduction érotique avait disparu. Cela vous a profondément atteinte au point d’en souffrir durant une période assez longue suivie, heureusement, d’un nouveau bien-être. Votre parcours n’est évidemment pas singulier et il met le doigt sur les misères engendrées par les mensonges de notre époque.

Lire aussi: Femmes, 50 ans? Le nouvel âge ingrat

Sous prétexte que notre longévité s’est considérablement accrue par rapport à celle de nos grands-mères, que notre état de santé est globalement meilleur et que les soins que nous avons le loisir de consacrer à notre corps se sont améliorés, notre société veut donner l’illusion d’une jeunesse éternelle. Votre aïeule était une vieillarde à 50 ans, ce que fut votre mère à 65 et que vous serez, bon gré mal gré, à 80 ans, même si, les codes vestimentaires ayant disparu, nous pouvons nous habiller «jeune» à n’importe quel âge. Revers de la médaille, même une femme intelligente comme vous s’y est laissé prendre et, au moment où la nature a repris ses droits, le choc fut rude.

La nature, c’est…

La nature, c’est la ménopause vers 50 ans avec ses effets secondaires. La nature, c’est que les hommes qui peuvent procréer tard préfèrent les jeunes femmes, même si leur but conscient n’est pas de se reproduire. La nature, c’est qu’elles recherchent, malgré les discours féministes, la sécurité d’un compagnon dont l’allure et le porte-monnaie sont encore séduisants. La nature, c’est que les enfants grandissent et que l’on devient grand-mère. La nature, c’est que la mort se rapproche et que le laps temps qui nous est accordé diminue à vue d’œil.

Epoque mensongère

La nature, parlons-en! Dans une période qui s’affirme écologiste, nous n’avons jamais été si loin d’elle. Nous en nions les diktats au lieu de nous y soumettre, nous luttons pied à pied contre ses lois au lieu de les accepter et nos comportements de vie sont à l’opposé de ses enseignements qui démontrent la valeur de l’apprentissage et du réalisme. Rationnellement, nous savons qu’il faut se préparer à vieillir, mais notre époque ment et ce mensonge est si agréable aux oreilles qu’il est pris pour une vérité, d’autant qu’il est répété à satiété.

En conséquence, nous ne sommes plus préparés à aucune des difficultés de la vie. Lorsqu’elles arrivent, les femmes comme les hommes se trouvent démunis tant on les a bercés d’illusions. Quant aux adolescents d’aujourd’hui, ils sont tellement choyés, écoutés, consolés, protégés, qu’ils crient à l’injustice dès que le monde les rattrape avec ses inévitables déboires ou échecs auxquels ils peinent à faire face.

La vie à deux est le propre des humains

Pourtant, chère Elodie, les renoncements qui vous ont été nécessaires pour passer ce mauvais cap de la cinquantaine et qui sont cités dans l’article, me semblent superflus. La vie à deux est le propre des humains, vous n’auriez pas dû y renoncer. Mais pour cela, il vous fallait accepter que le sens du couple change en vieillissant, devenant plus tolérant et d’autant plus serein. Votre perte d’envie de séduire ne m’a pas semblé non plus tenir de la fatalité même si, l’âge venant, la séduction n’use plus des mêmes moyens, parce qu’elle n’a plus le même but et ne s’adresse plus aux mêmes personnes. Le détachement, dites-vous? Pourtant, il ne faut justement pas se détacher mais s’attacher au contraire à tout ce qui a du sens et de la valeur.

Ainsi, au lieu de traverser un deuil, horrible séparation entre ce que l’on était et ce que l’on devient, il est possible de vivre au contraire un changement progressif, une maturation, une acceptation reconnaissante de ce que l’on est aujourd’hui, qui porte la mémoire pleine et entière de ce que nous avons été.

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