Charivari

50 ans et la fin du désir

Moins d’hommes, plus de copines. Notre chroniqueuse relate une conversation entre femmes quinquas qui préfèrent désormais l’amitié à la bagatelle et se demandent pourquoi

– Hé, les filles, il m’arrive un truc. Je ne vois plus les hommes dans la rue. Enfin, si, je les vois, mais je n’ai plus envie de leur sauter dessus, ni de les croquer tout crus, annonce A. qui n’en revient pas.

– C’est chimique, assène B. Comme tu n’es plus fertile, tu ne titilles plus la part reproductrice des hommes. Du coup, ils ne te convoitent plus et, en retour, tu n’es plus excitée par eux non plus. Le sexe, ce n’est qu’une histoire de prolongation de l’espèce.

– Moi je dis que c’est l’épuisement, suggère C. On pensait que dans la cinquantaine, on serait libérées des enfants. De fait, ils sont tous en coloc ou dans leur appartement, ils ont tous plus ou moins choisi leur voie professionnelle et pourtant, on continue à les porter psychologiquement. On est en train de réaliser que la maternité, c’est pour la vie, et ça nous fiche un tel coup que les hommes passent au second plan.

– Ha, ha, ha! C’est beaucoup plus simple que ça, se marre D. Les histoires d’amour, c’est quand même globalement chiant, non? Se rendre désirable, alimenter la flamme, tout ça… Après trente ans de ce régime, on a juste envie de rigoler tranquille avec les copines en buvant des godets. Fini le challenge, vive la récré!

– Euh, moi j’adore faire l’amour avec mon régulier, nuance A. C’est même devenu de mieux en mieux au fil des années. Mais le truc étrange, c’est que je ne m’allume plus dans la rue. Je suis off. L’autre jour, un jeune gars m’a fait un hug prolongé sans que rien ne se passe à l’intérieur de moi. Pas le moindre frisson, ni la moindre joie. Comme si mon corps n’était plus sexuel H24.

– Ha, ha, ha! se remarre D. Paraît qu’au moment de la ménopause, le volcan fait une pause pour mieux se réveiller quand les hormones ont fini leur grand chambardement. Rendez-vous dans cinq ans…

– Ou alors, objecte B., une page s’est vraiment tournée. Jusqu’à 50 ans, on vit orientées vers l’extérieur dans une idée de conquête, d’éros flamboyant, on est de vraies warriors. Et, dès 50 ans, on commence à prendre soin de notre intériorité, de notre âme. On est toujours à fond, mais moins au front.

– C’est pour ça qu’on a toujours du blanc au frais, rigole D.

– Et qu’on fait de la méditation, soupire C.

– Ok, je suis quand même nostalgique de mon «moi» frétillant, rêvasse A…

– La fin du désir, c’est le début de la sagesse, exulte D. D’ailleurs, j’ai ouvert une nouvelle bouteille. Santé!


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