Revue de presse

Les 7 questions qui fâchent avant le sommet de Bratislava

De manière informelle, les 27 se réunissent aujourd’hui en Slovaquie, sans le Royaume-Uni. Mais s’il n’y avait que ce problème-là à résoudre…

Regardez la photo ci-dessus. Quelle cordialité dans les apparences! Pourtant, à l’agenda des dirigeants des pays de l’UE qui se retrouvent ce vendredi, sans le Royaume-Uni, à Bratislava, pour tracer les contours de l’Europe post-Brexit, les problèmes sont nombreux. Les Vingt-Sept, qui ont rendez-vous à partir de 10h dans la capitale slovaque, veulent esquisser une «feuille de route» pour relancer une Europe affaiblie, mais les appels répétés à serrer les rangs se heurtent à des divergences toujours profondes. Alors, quelles sont les questions qui fâchent à quelques minutes de l’ouverture de ce sommet informel?

 1  Une Union sans le Royaume-Uni

Le Figaro s’irrite que ce sommet «sur l’avenir de l’Union européenne après le Brexit» ait lieu en l’absence du Royaume-Uni. C’est «sans précédent dans l’histoire de l’Europe. La Grande-Bretagne est en effet toujours membre de l’Union européenne et son exclusion revient à la traiter en paria sinon en mouton noir. […] Cette volonté de la châtier procède d’une vision de la table rase, qui nie à la fois l’histoire et le monde des réalités. L’histoire: combien de fois faudra-t-il répéter que dans l’Europe continentale dominée par la barbarie nazie, le Royaume-Uni, à travers Churchill, a porté seul la flamme de la Résistance?»

Et d’ajouter: combien de fois faudra-t-il répéter aussi «que si les Européens vivent aujourd’hui en démocratie, débarrassés de la barbarie nazie et fasciste, ils le doivent à la force de caractère d’une grande Nation qui n’a pas plié, contrairement à tant d’autres? Au regard de l’histoire – soixante-douze ans, une simple vie d’homme – le traitement infligé au Royaume-Uni, auquel l’Europe doit tout, notamment sa liberté et sa dignité, est incompréhensible.»

 2  Une Europe très affaiblie.

Alors que mercredi, dans son discours sur «l’état de l’Union», le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a estimé que l’Europe n’était pas «menacée dans son existence par le Brexit», il a tout de même reconnu que l’UE traversait une «crise existentielle» devant le Parlement européen à Strasbourg. Si les Etats membres ne sont pas d’accord entre eux, «leur union ne leur confère aucune force», selon le Jyllands-Posten danois, cité par Eurotopics:

«Beaucoup s’accordent à dire que la solution à la crise des réfugiés n’est pas du ressort des Etats membres pris individuellement, mais ceux-ci ont du mal à se mettre d’accord sur les compétences à confier à l’UE. Si beaucoup partagent la conviction qu’optimiser le marché unique pour le rendre plus opérant crée des emplois et stimule la compétitivité, la libre circulation des personnes, inhérente au marché unique, est en revanche un thème controversé dans beaucoup de pays de l’UE.»

«Il s’agit là d’une crise identitaire de défiance entre peuples européens», aux yeux des Echos: «Les Allemands considèrent que les peuples du Sud, y compris les Français et les Belges, sont des cigales dépensières qui voudraient que les Allemands paient pour eux; les Grecs et les peuples du Sud pensent que les Allemands les ont plongés dans l’austérité et les Allemands ont le sentiment que les autres Européens les ont lâchés sur la question des réfugiés.»

Lire aussi: Les Européens de l’Est affirment leur différence

 3  La politique migratoire

«On reproche son impuissance à l’UE», notamment sur ce terrain très glissant, dit De Tijd, en Belgique. Pour ce faire, elle «doit regagner la confiance des parlements nationaux des Etats membres. […] La politique migratoire ne peut véritablement reprendre son cours que si l’on fait machine arrière et que chaque pays est libre de décider le nombre de demandeurs d’asile qu’il souhaite accueillir.» Non, à la place, «on érige des frontières, on abolit de facto les Accords de Schengen», déplore le quotidien économique grec Naftemporiki.

 4   La lutte contre le terrorisme

Ce même journal regrette aussi que «bien que l’on parle beaucoup d’une intensification de la collaboration et d’un échange d’informations, selon Europol, il ne s’est pas passé grand-chose». D’ailleurs, de manière plus générale, «les décisions importantes pour l’Union ne bénéficient pas d’une grande marge de manœuvre». Alors, les gouvernements ne devraient pas perdre de vue ce que Jean-Claude Juncker a souligné: «L’histoire ne se rappellera pas leurs noms. Elle se souviendra de leur détermination ou de leurs erreurs.»

Ouest France, cité dans le blog «La science au XXIe siècle» de Courrier international, se demande «combien de victimes y aura-t-il encore» et si l’on ne doit pas «s’interroger sur les causes profondes du terrorisme, notamment dans les domaines de l’éducation et social». Car «on ne perçoit guère» à Bruxelles «des signes d’une volonté d’analyser en profondeur, sur le plan de l’éducation et social, les possibles causes de la montée du terrorisme. A la place, la priorité actuelle semble être une sorte d’autodéfense politique face au Brexit et conséquence de la mondialisation du capitalisme. Les références à la lutte contre le terrorisme abordent uniquement les aspects policier et militaire.»

 5   La défense du continent, justement

«Les propositions (état-major européen, mise en œuvre des groupes de combat européens, commandement médical européen, financement européen des opérations extérieures…) de la France et de l’Allemagne, soutenues par la Commission, ressemblent […] fortement aux promesses faites depuis vingt ans et qui ne se sont jamais concrétisées.» Mais attention, car «les circonstances ont totalement changé: la menace russe est de retour, et les Etats-Unis sont clairement en train de se désengager du terrain européen, que Trump soit ou non élu, au point que l’Europe de l’Est est la plus demandeuse dans ce domaine, souligne-t-on à l’Elysée», soutient Libération.

 6  Le bilan de la Commission Juncker

Il est clairement mauvais, dit le NRC Handelsblad néerlandais. Il n’a même «pas atteint son objectif premier, qui était de définir un avenir pour l’Europe. La Commission voulait jouer un rôle de moteur dans la crise des réfugiés, mais les Etats membres s’y sont opposés. Echec aussi sur le dossier grec, où Juncker n’a pas réussi à faire acte d’autorité. Le résultat au bout de deux ans: une Commission qui a peu d’influence sur les grandes questions. Une direction de l’UE bredouille et penaude.»

«A 61 ans, le Luxembourgeois est surtout la cible de critiques. La Commission a toujours été le souffre-douleur préféré des nationalistes à court d’idées. Et depuis le Brexit, c’est une espèce qui prolifère.» Le Tages-Anzeiger, à Zurich, renchérit: «L’accord sur les réfugiés avec la Turquie est compromis, les forces centrifuges ont plutôt augmenté au sein de l’UE. Il y a trop peu d’Europe et trop peu d’union dans l’Union européenne.»

 7   L’expulsion de la Hongrie

Courrier international explique que «le ministre luxembourgeois des Affaires étrangères», Jean Asselborn, «a mis Budapest en colère en affirmant qu’il faudrait exclure la Hongrie du club.» Mais la riposte n’a pas tardé. Ce mardi, «Viktor Orbán a dû avaler son café de travers en découvrant» ces propos parus à l’origine dans Die Welt «et relayés illico presto sur les bords du Danube»: «Pourfendeur notoire de la dérive autoritaire du premier ministre hongrois, le ministre appelle Bruxelles à exclure le plus vite possible la Hongrie de l’Union européenne. Au cours de l’entretien, il dénonce également une politique migratoire dangereuse ainsi qu’une presse muselée.»

Du coup, «Budapest a vu rouge. Voire écarlate. En visite en Moldavie le jour même, son homologue Péter Szijjártó s’est emporté contre le ton condescendant, suffisant et frustré d’un nihiliste contribuant à la destruction de la culture et de la société européenne», indique le pure player 444.hu. Par ailleurs, Magyar Idok, quotidien proche du pouvoir, s’indigne lui aussi dans un éditorial «au vitriol» ce mercredi: «Ce genre d’attaques stériles ne fait qu’encourager un nombre plus important de Magyars à se rendre aux urnes pour dire non [aux quotas de migrants] le 2 octobre. Monsieur Asselborn, faites donc un tour à Molenbeek et admirez votre œuvre. Si vous survivez…»

Ambiance…

Mesdames, Messieurs, on vous souhaite bonne chance à Bratislava. Qui se veut «le sommet de l’apaisement», rappelle Libération. Juncker a prévenu les Vingt-Sept: «Les Européens sont fatigués des disputes, des querelles et des chamailleries sans fin qui ouvrent la voie à une Union qui s’effiloche dans la désunion.» Et aux populistes.

 

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