Revue de presse

Le 8 août 1974, l'affaire du Watergate engloutit Richard Nixon

Chaque jour de l’été, «Le Temps» se plonge dans ses archives pour évoquer un événement historique marquant. Aujourd’hui, le départ forcé du président américain empêtré dans la célèbre affaire d’espionnage politique

Richard Nixon est à ce jour le seul président de l’histoire des Etats-Unis à avoir démissionné. Il quitte officiellement ses fonctions le 9 août 1974, une semaine après qu’une procédure d’impeachment fut déclenchée contre lui suite au scandale du Watergate. Le lendemain, dans le Journal de Genève et la Gazette de Lausanne, Jean-Claude Buffle tente de démêler l’écheveau en posant trois questions dans son éditorial: «Qu’aurait pu faire d’autre Richard Nixon apprenant le cambriolage du Watergate que de tenter de l’étouffer? Se confesser tout de suite à la nation? Mais quel Américain eût compris que le Président s’accusât quand personne ne pouvait croire encore qu’il avait trempé dans l’affaire» survenue dans les locaux du Parti démocrate à Washington?

A cette «mécanique fatale mais peu spectaculaire», à ce «cancer à évolution lente», le président républicain «n’a su s’opposer parce qu’il ne le sentait pas». Le verbe est en italiques pour signifier l’importance de cette affaire intérieure, alors que Nixon «n’avait pour lui que sa politique étrangère». Elle était faite de gestes symboliques, comme serrer la main des dirigeants soviétiques ou chinois, en «des instants brefs où se jouent les destins». Alors que le Watergate, lui, n’a été qu’«un processus tranquille», un long pourrissement.

«L’homme des crises»

Nixon «était l’homme des crises», poursuit Buffle, et «depuis de nombreux mois déjà», il était «apparu que le rapprochement de Washington avec Moscou et sa réconciliation avec Pékin étaient des remises en ordre propres à effacer les erreurs du passé plutôt que d’ouvrir de nouvelles voies pour l’avenir». Dans ce contexte tendu, il était «tentant de supposer que les Américains» aient «inconsciemment reporté» sur lui «l’agressivité» dont il «les frustrait en prétendant les faire vivre en paix avec tout le monde».

Dans le fond, «non seulement les Américains se retrouvaient battus au Vietnam, mais encore Nixon leur interdisait de rejeter la faute sur les «communistes», puisqu’il allait au même moment serrer la main de Brejnev et de Chou En-lai». D’où la conclusion de ce pénétrant éditorial: «Peut-être les peuples heureux n’ont-ils pas d’histoire. Mais il leur faut au moins un ennemi. C’est peut-être pour l’avoir oublié» que Richard Nixon demeure à ce jour le seul président de l’histoire des Etats-Unis à avoir dû quitter la Maison-Blanche à l’insu de son plein gré…


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